Blood, the last vampire (2008, Chris Nahon)

1970, aux abords d’un camp militaire américain installé sur le sol japonais, une organisation secrète nommé Le conseil, fait appel à Saya, une vampire âgée de quatre cents ans, pour infiltrer le lycée du camp afin d’y dénicher les créatures de la nuit qui s’y cachent. Saya, qui a gardé ses traits d’adolescente, est née de l’union d’un homme et d’une vampire, elle a choisit de chasser ses congénères pour le compte de l’organisation secrète pour retrouver le démon Onigen, l’assassin de son père quatre siècles plus tôt. Dans sa lutte contre les sbires d’Onigen, Saya croisera le chemin d’Alice, la fille du général. Toutes les deux iront au front pour rechercher Onigen…

Blood, the last vampire (2008, Chris Nahon) affiche française

Blood, the last vampire, pour beaucoup ce titre accrocheur fait immédiatement référence à une petite bombe animée signée Hiroyuki Kitakubo en 2000 sous l’égide du studio Production I.G. (Blue seed, Ghost in the shell, Vision d’Escaflowne, Noir, XXXHolic, Ghost hound parmi tant d’autres…). Pour d’autres ce titre est également une malheureuse expérience cinématographique de 2009. Le film d’animation d’origine a en effet connu une adaptation live qui n’a pas fait date. Produite par William Kong (producteur de Tigre et dragon) à l’origine du projet puis rejoint par la suite par Abel Nahmias pour le compte de Pathé, cette co-production franco-sino-hongkongaise n’a convaincu personne en salle. Le bilan est lourd car, il faut être honnête, il n’y a quasiment rien à sauver de cette grosse production dont le budget est estimé à près de trente millions de dollars tout de même.

Ce n’est pas la tête d’affiche qui permet d’apaiser la douleur, la jeune et jolie Gianna Jun (de son vrai nom Jeon Ji-hyun, chanteuse et actrice célèbre de Corée du sud) a beau se démener comme un diable, l’illusion ne prend pas. L’histoire de Saya, chasseuse de démons, héritière d’un savoir martial japonais et mi-humaine et mi-vampire elle-même, n’a ni queue ni tête. La vacuité scénaristique du film est étonnante tant la narration et les péripéties manquent de structure. Saya se retrouve finalement face à face avec Onigen, interprété par la transparente Kayuki Kato que l’on a pu voir notamment dans Kaïro (Kairo, 2001, Kiyoshi Kurosawa), Alive (2002, Ryûhei Kitamura), Le dernier samouraï (The last samurai, 2003, Edward Zwick) ou plus récemment dans Kamui, le ninja solitaire (Kamui gaiden, 2009, Yôichi Sai). Malgré sa beauté diaphane, l’actrice n’est guère inspirée dans son rôle de démon mythique aux pouvoirs inimaginables.

Le scénario bancal est parsemé de zones d’ombres narratives et le spectateur ne peut que se poser une multitudes de questions. Quelles sont les relations qui lient Saya à l’organisation secrète? Qui est le père de Saya? Qui est Kato, celui qui a recueilli Saya enfant? Que veulent ces créatures? Qu’elles sont-elles exactement? Pourquoi Onigen a t-elle attendu quatre cents ans pour affronter Saya? Toutes ces questions demeurent sans réponse. Sans compter l’inutilité du second personnage féminin, Alice, la fille du général. Celle-ci traverse le film comme un boulet à traîner sans même une séquence qui lui est dédiée. Le film avance à l’aveugle sans même une once de logique ou de mise en perspective. Le scénario a t-il fait l’objet de coupes intempestives? Le tournage a t-il commencé sans un script abouti? Blood, the last vampire perd ses spectateurs dès le premier quart d’heure du film et le côté confus du montage ne permet pas de combler ces lacunes.

Le film manque en effet totalement d’épaisseur psychologique, transformant les personnages en simple silhouettes sans âme mais les séquences d’action n’arrangent rien. Avec Corey Yuen en charge des chorégraphies de combat, les spectateurs pouvaient s’attendre à des morceaux d’anthologies. Il n’en est rien. Le montage trop nerveux, les angles de caméra multiples, l’éclairage souvent trop sombre transforment par exemple la première séquence d’action sur les toits en un brouillon de coups et de mouvement corporels indistincts. Seule la seconde scène, où Saya tente de sauver son mentor Kato au milieu de la forêt, donne une petite idée de ce que le film aurait pu être avec une mise en scène plus rigoureuse et surtout une histoire à raconter. Là où la jeune Gianna Jun est clairement une novice en tant qu’actrice martiale, Yasuaki Kurata est clairement le parfait comédien pour ce rôle de père de substitution. Cet aspect intéressant de la relation est pourtant fortement bâclée dans le film. Acteur japonais de nationalité, Yasuaki Kurata a passé l’essentielle de sa carrière à jouer dans des films d’arts martiaux hongkongais (Les cinq doigts de la mort, Il faut battre le chinois pendant qu’il est chaud, Le karatéka au bras d’acier, Ninja fury, etc.). Exceptions notables, Eijanaika, pourquoi pas moi? (Eijanaika, 1981) de Shôhei Imamura, Mishima, une vie en quatre chapitres (Mishima: a life in four chapters, 1985) de Paul Schrader ou encore Samouraïs de Giordano Gederlini en 2002. Acteur martial expérimenté, il sauve à lui seul cette séquence qui n’est pas sans évoquer Tigre et dragon d’Ang Lee ou encore Hero de Zhang Yimou. Le manque d’enjeux psychologiques gâche pourtant le spectacle.

Pour combler ce désastreux portrait, les effets spéciaux, nombreux, sont tout simplement déplorables et ne dépassent pas le niveau de certains films réalisés dix ans auparavant. Le sang numérique (à la Zatoichi version Kitano en 2003) et les créatures virtuelles (façon La momie de Stephen Sommers en 1999) enfoncent le clou d’un spectacle raté. Le film se cherche une identité mais lorgne trop vers le clip ou le jeu vidéo pour convaincre. L’étalonnage du film, ultra stylisé en renforçant les couleurs jaunes, ocres et rouges, semble superficiel et dénué de toute considération de fond. Pour tenter de comprendre ce naufrage cinématographique, peu d’éléments à notre disposition. Le projet, qui au départ était une production 100% hongkongaise avec Ronny Yu en commandant de bord semblait partir sur l’idée d’un récit au cœur du Tôkyô dévasté d’après-guerre. Le consentement du studio Production I.G. et l’intervention de Pathé dans le financement du film vont totalement changer la donne. Abel Nahmias, qui était avant 2002 en charge du catalogue d’animation japonaise chez Pathé (les fameux titres édités sous la collection Manga Vidéo ensuite édités en partenariat avec Pathé à la fin des années 90, c’est lui) a visiblement joué de ses relations pour coproduire le film.

Désormais production internationale, il faut dès lors étendre le casting pour satisfaire aux exigences de chacun. Actrice principale sud-coréenne, acteurs anglais, réalisateur français, chorégraphe hongkongais… Pour une sortie internationale prévue à l’automne 2008, date qui sera finalement repoussée en mai et juin 2009 pour les premières sorties. Le making of du film fait totalement l’impasse sur l’écriture du scénario et ses rapports avec l’animé original et sur toute la pré-production du film (pas de storyboard, pas de recherche et design pour les créatures, pas de prévisualisation pour les effets spéciaux, etc.). La production du film a-t-elle été un cauchemar? Le projet a-t-il subitement connu des coupes budgétaires? Des changements de personne à sa tête? Le cinéaste, Chris Nahon, est visiblement resté muet sur le sujet.

Par David A.

Blood, the last vampire (2008, Chris Nahon) affiche japonaise

BLOOD, THE LAST VAMPIRE
Un film de Chris Nahon
Scénario: Chris Chow
Directeur de la photographie: Poon Hang-sang
Montage: Marco Cavé
Musique: Clint Mansell
Production: Fernando Altschul, Jianxin Huang, William Kong, Craig Mitchell, Abel Nahmias, Chris Thompson, Alice Yeung, Zhenyan Zhang
Compagnie de production: East Wings Holdings, SAJ, Beijing Happy Pictures Cultural Communications

Avec Gianna Jun, Alison Miller, Liam Cunningham, J.J. Field, Koyuki, Yasuaki Kurata, Larry Lamb, Andrew Pleavin, Michael Byrne, Colin Salmon, Masiela Lusha, Ailish, Oconnor, Constantine Gregory, Joey Anaya

Genre: fantastique, arts martiaux, horreur
Durée: 1h31
Pays: Hongkong, France, Chine
Année: 2008
Date de sortie japonaise: 29 mai 2009
Date de sortie hongkongaise: 4 juin 2009
Date de sortie française: 17 juin 2009
Distribution française: Pathé
Editeur DVD: Pathé
Date de sortie DVD: 27 janvier 2010
Editeur Blu-ray: Pathé
Date de sortie Blu-ray: 27 janvier 2010

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