Departures (Okuribito, 2008, Yôjirô Takita)

Après la dissolution de son orchestre, un jeune violoncelliste de Tôkyô, Daigo, décide de revenir vers son village natal avec sa femme, Mika. Recherchant un nouveau travail, il répond à une petite annonce énigmatique. Le patron l’engage sur le champ sans poser de question. Il comprend très vite qu’il vient d’être embauché comme croque-mort pour une entreprise de pompes funèbres. N’osant pas l’avouer à sa femme, il découvre les dessous de ce métier détesté par tous. Très vite pourtant, Daigo se découvre des dons pour s’occuper des morts. Dans cette région provinciale, la mise en bière s’effectue en effet en présence de la famille, et c’est tout un art que de s’occuper du défunt pour le préparer vers un nouveau voyage. Mais un jour Mika découvre l’activité de son mari et ne supporte pas l’idée qu’il soit souillé.

Departures (Yôjirô Takita) affiche originale française

Produit et distribué par le studio Shôchiku, Departures (Okurihibito) se place dans la lignée des mélodrames populaires qui ont fait les succès de la firme depuis ses origines. Evocation du retour à la terre natale et célébration des traditions du passé, le film échappe pourtant au sentiment du conservatisme et à la dramaturgie lacrymale dont ces productions sont parfois la victime. Certes le pathos joue à fond ici mais la réalisation sobre et soignée ainsi qu’une interprétation retenue permettent au film de saisir le spectateur par sa sincérité. Le sujet du film s’attarde non seulement sur la nécessité du métier de croque-mort mais surtout sur la finesse et la beauté qu’un tel art peut receler. Par des gestes minutieux et un profond respect du corps, le professionnel nettoie et habille le défunt afin de laisser, dans la mémoire des proches, le meilleur souvenir possible.

La mémoire est justement l’autre thème majeur du film. Daigo, dans sa volonté de réussir sa vie, a jusqu’ici occulté le souvenir de son père, qui les a abandonné lui et sa mère lorsqu’il avait six ans, au point qu’il ne se souvient plus de son visage. Respect des ancêtres, amour filial, tous les aspects des relations proches sont mises en perspective, comme la vieille femme qui tient toujours les bains publics malgré son âge avancé et son fils qui la pousse à vendre, ou encore le propre patron de Daigo devenu croque-mort lorsqu’il dû s’occuper de la dépouille de sa femme. Le croque-mort est parfois témoin des tensions qui déchirent les familles en deuil. Pourtant la présentation du corps est un moment solennel où ces blessures se doivent d’être refermées.

Le film n’évite pas quelques maladresses cependant, les sempiternels violons venant alourdir parfois les moments touchants sur une musique du compositeur Joe Hisaishi habituellement compagnon de route du cinéaste Takeshi Kitano, de même que certains plans too much nous présentent le protagoniste jouant du violoncelle au milieu de la nature avec les montagnes en arrière-plan! Des défauts qui ne doivent cependant pas gâcher le plaisir de ce mélodrame original et sensible sur un sujet que l’on pourrait considérer comme tabou ou, du moins, non-cinématographique. Yôjirô Takita, réalisateur entre autre de Ying-Yang master I et II en 2001 et 2003, aborde le thème de la mort avec beaucoup de délicatesse et d’humour, comme dans cette séquence initiale ou le jeune croque-mort découvre avec embarras que le corps féminin qu’il est entrain de purifier est en fait celui d’un homme, le tout devant une famille imperturbable qui observe le processus en silence. Ayant remporté le prix du meilleur film au Japan Academy Prize, l’équivalent des Oscars au Japon mais également l’Oscar du Meilleur Film Etranger 2008, Departures est à la fois un long-métrage très japonais dans sa confection mais également un film universel dans sa thématique. Présenté dans la section Panorama du Festival du Film Asiatique de Deauville en 2009, Departures a ensuite connu le chemin des grands écrans en juin 2009.

Par David A.

Departures (Yôjirô Takita) affiche originale japonaise

DEPARTURES
(Okuribito)
Un film de Yôjirô Takita
Scénario: Kundô Koyama
Directeur de la photographie: Takeshi Hamada
Montage: Akimasa Kawashima
Musique: Joe Hisaishi
Production: Yasuhiro Mase, Toshiaki Nakazawa, Ichirô Nobukuni et Toshihisa Watai
Compagnies de production: Shôchiku, Amuse Soft Entertainment, Asahi Shinbunsha, Dentsu, Mainichi Broadcasting System, Sedic, Shogakukan, TBS Radio, Tôkyô Broadcasting System

Avec Masahiro Motoki, Tsutomu Yamazaki, Ryôko Hirosue, Kimiko Yo, Takashi Sasano, Kazuko Yoshiyuki, Tetta Sugimoto, Tôru Minegishi, Tatsuo Yamada

Genre: drame
Durée : 2h11
Pays : Japon
Année : 2008
Récompense: Oscar du Meilleur Film Etranger, Japan Academy Prize
Date de sortie japonaise: 13 septembre 2008
Date de sortie française : 3 juin 2009
Distributeur français: Metropolitan FilmExport
Editeur DVD: HK Vidéo
Date de sortie DVD: 12 janvier 2010


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