Disparition de Donald Richie le 19 février 2013

C’est avec regret que nous apprenons le décès de Donald Richie, le plus grand spécialiste américain de la culture japonaise et en particulier du cinéma nippon. Né le 17 avril 1924 à Lima dans l’état de l’Ohio, Donald Richie s’engage en 1942 dans la marine marchande. Supportant l’effort de guerre, les navires sur lesquels il navigue lui permettent de voyager à travers l’Europe puis en Chine au moment de la fin du conflit. Plutôt que de rentrer dans son Ohio natal, Donald Richie décide ensuite de s’engager pour servir à l’étranger dans les zones occupées. Alors qu’il opte pour l’Allemagne, il est en fait envoyé au Japon à la fin de l’année 1946 en tant que dactylographe dans les services de rapatriement. Pour éviter la routine, il devient très vite journaliste pour le compte de la revue de l’armée, Stars and Stripes, en proposant des articles sur la vie quotidienne des Japonais puis en proposant des critiques de films américains exploités dans l’Archipel.

Bien qu’interdit de fréquenter les salles de cinéma, Donald Richie commence cependant à fréquenter les salles obscures japonaises. En 1948 il rencontre Kashiko Kawakita qui le présente au cinéaste Yasujirô Ozu. Commencera alors une longue collaboration entre Mme Kawakita et lui pour faire connaître les films japonais en Occident. De retour aux Etats-Unis en 1949 pour se consacrer à ses études de littérature anglaise, Donald Richie retourne au Japon en 1953 et devient critique de cinéma pour le compte du magasine The Japan Times. En 1959 il publie en collaboration avec Joseph Anderson son premier livre sur le cinéma japonais, The Japanese Film: Art and Industry, le premier texte du genre en langue anglaise à explorer de façon approfondie l’histoire du cinéma japonais. Entre 1969 et 1972, il deviendra également responsable de la cinémathèque du New York Museum of Modern Art.

Yasujirô Ozu et Donald Richie

Spécialiste des films d’Akira Kurosawa et de Yasujirô Ozu en particulier, Donald Richie écrira surtout sur la culture japonaise (le théâtre, le tatouage, l’arrangement floral, le bouddhisme, la vill de Tokyo, les jardins, les ryokan, etc.) et sera l’auteur de plusieurs romans de fiction. Moins connu son oeuvre de cinéaste n’en est pas moins riche. Une trentaine de films expérimentaux malheureusement invisibles en France, dont le rapprochement, autant stylistique que temporel, avec l’oeuvre de Nobuhiko Obayashi semble incontestable. Une même période d’expérimentation visuelle (les années soixante) sur les formats 8mm et 16mm ainsi qu’une volonté de s’affranchir des limites et des tabous de la société japonaise. A cette époque d’autres cinéastes (Shûji Terayama, Kôji Wakamatsu, Masao Adachi, Susumi Hani, Toshio Matsumoto entre autres) bousculent le milieu cinématographique. En 1989 il fait une apparition en prêtre bouddhiste dans Rikyû de Hiroshi Teshigahara et en 1992 sortira sur les écrans le documentaire The inland sea de Lucille Carra, qu’il scénarise lui-même d’après son propre roman. D’une santé fragile depuis quelques années déjà, Donald Richie est décédé d’une crise cardiaque le 19 février dernier à l’hôpital universitaire de Tokyo à l’âge de 88 ans.

David A.

Donald Richie et Akira Kurosawa

Filmographie de Donald Richie:

1941 Small town today
1953 A sentimental education
1957 Aoyama kaidan
1958 Shu-e
1962 Wargames
1962 Atami blues
1965 Life
1967 Boy with cat
1967 Dead youth
1968 Five philosophical fables
1968 Nozoki monogatari
1968 Cybele: a pastoral ritual in five scenes
1968 A doll
1968 A couple
1968 Khajuraho
1975 Akira Kurosawa (documentaire pour la télévision japonaise)

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