Far East Film Festival à Udine du 22 au 30 avril 2016

Du 22 au 30 avril 2016 se tient la dix-huitième édition du Far East Film Festival à Udine, en Italie. Ce festival de films asiatiques, l’un des plus gros en Europe, accueille cette année plus de soixante-dix films au total dont de nombreux films japonais. En charge de cette sélection japonaise Miyuki Takamatsu et Hideko Saito aidés par Mark Schilling, critique et auteur américain de nombreux ouvrages sur le cinéma japonais. Onze longs-métrages japonais sont programmés en compétition, pour la plupart inédits en Europe, et dix autres hors-compétition rassemblés en rétrospective autour des thèmes du fantastique et des futurs alternatifs dans le cinéma japonais.

Udine Far East Film Festival 2016 afficheEn compétition tout d’abord, le film Bakuman réalisé par Hitoshi One d’après le célèbre manga éponyme de Tsugumi Oba et Takeshi Obata. Deux lycéens, Saiko et Azuki, rêvent de faire carrière dans l’industrie du manga, le premier en tant que dessinateur, le second en tant que scénariste. Alors que l’un et l’autre se débattent pour concilier vie scolaire et ambitions professionnelles, leurs premières planches attirent enfin le regard de Sasaki, un éditeur. Le pied à l’étrier, les deux étudiants vont devoir repousser leurs limites et leur talent pour rivaliser avec une toute nouvelle génération de mangakas. Hitoshi One, le réalisateur, est issu du monde de la télévision où il enchaîne les séries sur TV Tokyo depuis le début des années 2000. Il passe à la réalisation de longs-métrages en 2011 avec Love strikes (Moteki) puis Be my baby (Koi no uzu) en 2013. Bakuman est son troisième et avant-dernier film avant Scoop! qui sortira au Japon en octobre prochain. Bakuman, sorti sur les écrans japonais le 03 octobre 2015, est une production Tôhô.

Bakuman (2015, Hitoshi One) affiche japonaiseBakuman (2015, Hitoshi One) affiche japonaise

Autre film en compétition, Creepy (Kurîpî), l’un des derniers films de Kiyoshi Kurosawa encore inédit en France. Le cinéaste revient à ses premiers amours avec ce thriller teinté de fantastique où un ancien détective, Takakura, reprend une enquête autour de la disparition d’une famille entière survenue six années plus tôt. La seule rescapée se nomme Saki, une petite fille désormais adolescente, dont Takakura suivra les souvenirs pour résoudre cette énigme. Le film est l’adaptation cinématographique du roman de Yutaka Maekawa et fut distribué par la Shôchiku le 18 juin 2015. En Europe le film fut notamment projeté au Festival Du Film International de Berlin en février dernier mais ne connaît, pour l’instant, aucune date pour sa sortie en France.

Creepy (2016, Kiyoshi Kurosawa) affiche japonaiseCreepy (2015, Kiyoshi Kurosawa) affiche japonaise

The Mohican comes home (Mohikan kokyo ni kaeru) de Shûichi Okita est également proposé en compétition. Le film raconte le retour du petit prodige dans sa ville natale. Eikichi a en effet quitté Hiroshima pour rechercher les lumières de la célébrité à Tokyo en devenant chanteur d’un groupe de death-metal. Mais la renommée se faisant attendre, le jeune homme est contraint de revenir vers les siens avec cependant une nouvelle dévastatrice: sa petite-amie est enceinte! Cette situation agace et émerveille les parents du prodige qui n’en est pas un, à la fois déçus par le comportement irresponsable de leur fils mais aussi aux anges à l’idée de devenir grands-parents. C’est sans compter sur un événement tragique, le futur grand-père tombe inconscient. Son pronostique vital est engagé… Toute la famille se sert les coudes pour prendre soin du malade. Le film, distribué au Japon par Tokyo Theatres le 09 avril dernier, fut déjà présenté au Osaka Asian Film Festival en mars de cette année. Shûichi Okita, réalisateur et scénariste du film, continue sa jeune mais déjà fructueuse carrière. On lui doit entre autre The chef of south polar (Omoshiro nankyoku ryurinin, 2009), The woodsman and the rain (Kitsutsuki to ame, 2012) ou encore A story of Yonosuke (Yokomichi Yonosuke, 2013).

The Mohican comes home (2016, Shûichi Okita) affiche japonaiseThe mohican comes home (2015, Shûichi Okita) affiche japonaise

Autre production Tôhô, la comédie Flying colors (Biri gyaru) réalisé par Nobuhiro Doi d’après le roman de Nobutaka Tsubota racontant la trajectoire étonnante d’une lycéenne un peu larguée, prénommée Sayaka. Toujours à la pointe de la mode et très frivole, Sayaka est pourtant une très mauvaise élève, une situation que sa mère entend résoudre en l’envoyant pendant les vacances d’été réviser dans une institution privée où enseigne Tsubota, un professeur volontaire et optimiste de nature. Il faut pourtant partir de bien bas mais la tâche ne le rebute pas. En quelques mois, à la surprise générale, la jeune fille fait des progrès spectaculaires au point de vouloir passer le concours de l’université de Keio, l’une des plus élitistes du pays. Issu lui aussi du monde de la télévision, Nobuhiro Doi s’est fait la main sur des séries de la chaîne TBS depuis le milieu des années 90. Il franchit le pas du grand écran en 2004 avec Be with you (Ima, ai ni yukimasu) avant d’enchaîner avec Tears for you (Nada so so, 2007), Hanamizuki – may your love bloom a hundred years (Hanamizuki) puis The wings of the kirin (Kirin no tsubasa: gekijôban shinzanmono, 2012). Flying colors est sorti le 01 mai 2015 sur les écrans japonais.

Flying colors (2015, Nobuhiro Doi) affiche japonaiseFlying colors (2015, Nobuhiro Doi) affiche japonaise

Round trip heart (Romansu), réalisé par Yuki Tanada, est comme son titre original l’indique une romance se passant à bord d’un train où travaille Hachiko, une jeune et belle femme douée pour son travail mais manquant cruellement de confiance en elle. Un jour elle croise la route d’un producteur de cinéma, Yoichi, plus âgé qu’elle. Ensemble ils décident de se rendre à Hakone en voyage romantique. Sur le trajet Hachiko fait le point sur sa vie. La jeune femme est ici campée par l’actrice Yuko Oshima dont c’est le premier rôle principal après une carrière passée au sein du groupe musical AKB48. Yuki Tanada, réalisatrice et scénariste, a commencé sa carrière dans le cinéma en 2004 avec Moon & cherry (Tsuki to cherry). Sa filmographie compte des films tels que One million yen and the Nigamushi woman (Hyakuman-en to Nigamushi onna, 2008) ou encore Mourning recipe (Shijukunichi no recipe, 2013). Sorti le 29 août 2015 au Japon, Round trip heart est distribué par Tokyo Theatres.

Round trip heart (2015, Yuki Tanada) affiche japonaiseRound trip heart (2015, Yuki Tanada) affiche japonaise

The inerasable (Zange – sunde wa ikenai heya) de Yoshihiro Nakamura est un film d’horreur produit par la Shôchiku. Une auteure de romans policiers écrivant sous le pseudonyme de « I » reçoit un jour une curieuse lettre de l’une de ses fans prénomée Kubo. Celle-ci prétend entendre d’étranges sons émanant de l’appartement où elle vit. Piquée de curiosité, « I » décide de faire connaissance avec sa lectrice pour enquêter sur ce phénomène surnaturel. Les deux femmes découvriront bientôt que l’endroit fut le théâtre d’une tragédie impliquant un meurtre et un suicide. Adapté du roman de Fuyumi Ono, The inerasable est réalisé par le prolifique Yoshihiro Nakamura dont certains films tels que The two in tracksuits (Jersey no futari, 2008), A boy and his samurai (Chonmage purin, 2010), See you tomorrow, everyone (Minnasan, sayonara, 2013) ou encore Prophecy (Yokokuhan, 2015) ont pu connaître le chemin des festivals internationaux. The inerasable est sorti au Japon le 30 janvier dernier.

The inerasable (2016, Yoshihiro Nakamura) affiche japonaiseThe inerasable (2015, Yoshihiro Nakamura) affiche japonaise

The Kodai family (Kodaike no hitobito) est une comédie romantique fantastique réalisée par Masato Hijikata. Produit par la Tôhô, le film raconte l’histoire de Kie, une jeune secrétaire un peu rêveuse travaillant pour une grosse entreprise. Elle y croise le charmant Mitsumasa, l’un des cadres issu d’une famille notable. Celui-ci a le don de lire dans l’esprit des gens, un pouvoir qu’il tient de sa grand-mère maternelle d’origine anglaise, et, malgré la classe sociale qui les sépare, le jeune homme finit par être séduit par la gentillesse et la spontanéité de Kie. Leur idylle ne fait que naître mais lorsque la mère de Mitsumasa prend des nouvelles, c’est toute la famille qui s’en mêle. The Kodai family, adapté du manga de Kozueko Morimoto, est la seconde réalisation de Masato Hijikata après The after-dinner mysteries (Nazotoki wa dainâ no ato de) en 2013. Le film connaît ici à Udine sa première mondiale avant de sortir sur les écrans nippons le 04 juin prochain.

The Kodai family (2016, Masato Hijikata) affiche japonaiseThe Kodai family (2016, Masato Hijikata) affiche japonaise

Hime-anole (Himeanôru) est un thriller produit par la Nikkatsu et réalisé par Keisuke Yoshida. Adapté du manga de Minoru Furuya, Hime-anole suit la vie d’un homme ordinaire, Susumu, dont la destinée va basculer en voulant aider son collègue de travail, Shoichi. Par l’entremise de Susumu, Shoichi désire en effet se rapprocher de Yuka, une jeune serveuse travaillant dans le café d’à côté. Mais lorsque Susumu va jouer les entremetteurs, il va malgré lui découvrir le véritable visage de son collègue, celui d’un rôdeur, d’un prédateur de femmes. Keisuke Yoshida est un jeune cinéaste et scénariste à l’origine de films tels que Cafe Isobe (Jun Kissa Isobe, 2008), My little sweet pea (Mugiko-san to, 2013) ou dernièrement Silver spoon (Gin no saji shiruba supun, 2014). Hime-anole, dont c’est ici l’avant-première mondiale, sortira le 28 mai prochain au Japon.

Hime-anole (2016, Keisuke Yoshida) affiche japonaiseHime-anole (2016, Keisuke Yoshida) affiche japonaise

Toujours en compétition, Lowlife love (Gesu no ai) de Eiji Uchida raconte l’histoire d’un cinéaste indépendant fauché, Tetsuo, qui vit sur les restes du succès d’un film réalisé il y a bien longtemps. Grappillant auprès de sa famille et de ses amis de quoi tenir jusqu’à la fin du mois, Tetsuo semble perdu dans ce monde qui ne veut pas de lui ni de son supposé talent. La rencontre d’une jeune actrice prometteuse prénommée Minami et d’un scénariste atypique change la donne, Tetsuo repart au combat pour mener ce nouveau projet à bien malgré les obstacles qui se dressent sur son chemin. Véritable lettre d’amour adressée au cinéma indépendant, Lowlife love est réalisé par Eiji Uchida dont l’un de ses précédents films, Greatful dead (Gureitofuru deddo, 2014), fut unanimement salué. Il tourne déjà un autre film, Animal trail (Kemonomichi) prévu pour 2017. Lowlife love est produit par Third Window Films, il fut notamment projeté en avant-première mondiale au Tokyo International Film Festival en octobre 2015 avant de connaître une sortie nationale le 02 avril dernier.

Lowlife love (2016, Eiji Uchida) affiche japonaise 2Lowlife love (2016, Eiji Uchida) affiche japonaise

Maniac hero (Hêrô mania seikatsu) est aussi l’adaptation d’un manga, celui de Shigeyuki Fukumitsu. Le film est une co-production entre la Tôei et Nikkatsu et reprend la trame générale de Kick-ass (2010, Matthew Vaughn), celle d’un groupe de jeunes gens formant une sorte de milice comique afin de punir les malveillants qui rôdent. Sans avoir les moyens techniques et financiers de la production américaine, Maniac hero surfe sur la vague parodique des super-héros façon voisins de palier. Le cinéaste, Keisuke Toyoshima, est un habitué des films de genre, il a notamment réalisé Tales of terror (Kaidan shin mimibukuro, 2004, Stop the bitch campaign: hell version (Enjo-kosai bokumetsu undo: jigoku-hen, 2004) ou encore A courtesan with flowered skin (Hanayoi dochu, 2014). Maniac hero sortira sur les écrans japonais le 07 mai prochain, le film connaît à Udine sa première mondiale.

Maniac hero (2016, Keisuke Toyoshima) affiche japonaiseManiac hero (2016, Keisuke Toyoshima) affiche japonaise

Enfin Three stories of love (Koibito tachi) de Ryosuke Hashiguchi est le dernier film de cette sélection japonaise en compétition. Produit par Arc Films et la Shôchiku, Three stories of love suit trois personnages dont la vie sentimentale est perturbée d’une manière ou d’une autre. Le premier, Atsushi vient de perdre sa femme, victime d’un meurtre sans mobile, dont il était follement amoureux. La vie n’a désormais plus beaucoup de sens à ses yeux. Toko vit, elle, encore avec son mari qui ne le regarde plus cependant. Elle doit partager chaque jour avec un homme qui la considère comme une étrangère. Shinomiya est lui un avocat perfectionniste, il doit composer avec ses préférences gay dans un monde qui nie l’homosexualité. Trois histoires, trois destins, trois façons de vivre l’amour. Three stories of love a déjà connu un beau parcours en festival, il fut notamment projeté au Busan International Film Festival en octobre 2015 puis au Tokyo International Film Festival au même moment. Ryosuke Hashiguchi est un cinéaste reconnu en Europe et aux USA, il a notamment mis en scène Grains de sable (Nagisa no Sindobaddo, 1995), Hush! (2001) ou encore All around us (Gururi no koto, 2008), son dernier film jusqu’à présent. Le film est sorti au Japon le 14 novembre 2015.

Three stories of love (2015, Ryosuke Hashiguchi) affiche japonaiseThree stories of love (2015, Ryosuke Hashiguchi) affiche japonaise

Après ce survol des films en compétition, le Far East Film Festival propose également cette année une belle rétrospective de films japonais de science-fiction sous la dénomination « Beyond Godzilla: alternative futures and fantasies in japanese cinema ». Dix films composent ainsi ce tour d’horizon de l’anticipation, qu’elle soit fantastique ou prémonitoire, du film le plus kitsch à celui plus subtil du voyage dans le temps. Deux cinéastes sont notamment mis à l’honneur ici, Ishirô Honda, le véritable fondateur du genre kaijû eiga, autrement dit le film de monstres, et Nobuhiko Obayashi, invité d’honneur de cette édition du FEFF qui recevra par ailleurs une récompense d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Deux cinéastes aux carrières antagonistes. Réalisés par Ishirô Honda seront projetés les films Prisonnières des martiens (1957, Chikyû bôeigun), Matango (1963), Invasion planète X (1965, Kaijû daisensô) et Lattitude zéro (1969, Ido zero daisakusen). Quatre films qui ont par ailleurs connu une exploitation française en leur temps!

Prisonnières des martiens (1957, Ishirô Honda) affiche japonaisePrisonnières des martiens (1957, Ishirô Honda) affiche japonaise

Invasion planète X (1965, Ishirô Honda) affiche japonaiseInvasion planète X (1965, Ishirô Honda) affiche japonaise

Nobuhiko Obayashi sera célébré avec quatre films également, quatre longs-métrages qui auront marqué le genre au Japon à savoir House (Hausu, 1977), School in the crosshairs (Nerawareta gakuen, 1981), Exchange students (Tenkôsei, 1982) ou encore The girl who leapt through time (Toki o kakeru shôjo, 1983). Nobuhiko Obayashi est l’un de ces cinéastes qui mériteraient d’être réévalués, tant pour ses audaces visuelles qui pour ses expérimentations narratives. En France nous n’avons pu voir que Samurai kids (Mizu no tabibito: samurai kizzu, 1993), sorti en VHS à l’époque, un film familial peu représentatif de ses œuvres des années 70 et 80. Seul film de science-fiction réalisé par Hikachi Okamoto, Blue christmas (Burû kurisumasu), fait lui la part belle à la psychologie plutôt qu’aux effets spéciaux typiques du genre. Ici les personnes ayant été en contact avec des OVNIs voient leur sang tourné à la couleur bleue, un phénomène qui inquiète très vite les autorités, au point de suscité la méfiance parmi les populations. Enfin Gamera 3: la revanche d’Iris (Gamera 3: Irisu kakusei, 1999) de Shûsuke Kaneko clôt cette rétrospective en ressuscitant la tortue géante, autre grand monstre emblématique du kaigû eiga, aussi connue au Japon que Godzilla. Le Far East Film Festival aura une fois encore comblé les attentes des aficionados du cinéma japonais, le rendez-vous est déjà pris pour la prochaine édition.

House (1977, Nobuhiko Obayashi) affiche japonaiseHouse (1977, Nobuhiko Obayashi) affiche japonaise

The girl who leapt through time (1983, Nobuhiko Obayashi) affiche japonaiseThe girl who leapt through time (1983, Nobuhiko Obayashi) affiche japonaise

Blue christmas (1978, Kihachi Okamoto) affiche japonaiseBlue christmas (1978, Kihachi Okamoto) affiche japonaise

Gamera 3 - la revanche d'Iris (1999, Shûsuke Kaneko) affiche japonaiseGamera 3 – le revanche d’Iris (1999, Shûsuke Kaneko) affiche japonaise

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