Festival du film international de Toronto du 8 au 18 septembre 2016

Du 8 au 18 septembre 2016 se tient le Festival du film international de Toronto. Depuis 1976, la ville canadienne accueille ainsi le plus gros festival cinématographique du pays avec plus de 300 films du monde entier sélectionnés chaque année. Côté films japonais, le cru 2016 est on ne peut plus alléchant avec pas moins de huit longs-métrages retenus, pour certains en avant-première mondiale, et un court-métrage. Le festival met donc cette année le cinéma japonais en valeur avec des pépites qui, espérons-le, trouveront leur chemin vers le marché français.

Festival du film international de Totonto 2016 afficheDans la section Platform tout d’abord, l’inédit Le secret de la chambre noire (qui fut un temps titré La femme de la plaque argentique), réalisé par Kiyoshi Kurosawa. Le dernier film du maître est une co-production entre la France, le Japon et la Belgique et fut intégralement tourné dans nos contrées et en langue française, une première pour le cinéaste. Le film connaît ici sa première projection en festival. Autour du casting regroupant Tahar Rahim, Olivier Gourmet et Constance Rousseau, l’histoire prend forme autour d’un photographe utilisant la technique du daguerréotype pour immortaliser sa fille. La technique archaïque impose au corps de cette dernière de longue séance de pause qui confine à la torture physique. Mais lorsqu’un assistant s’immisce dans la relation, c’est toute l’obsession du père qui éclate. Le film sortira le 15 octobre 2016 sous l’égide du distributeur Bitter Ends et le 22 février 2017 en France grâce à Condor Entertainment.

Le secret de la chambre noire (2016, Kiyoshi Kurosawa) affiche japonaiseLe secret de la chambre noire (2016, Kiyoshi Kurosawa) affiche japonaise

Dans la section Masters, c’est un autre film très attendu qui est programmé, Après la tempête (Umi mori mo mada fukaku, 2016) de Hirokazu Koreeda. Le film avait été présenté au dernier Festival du film international de Cannes avant de connaître une distribution au Japon le 21 mai dernier par le distributeur GAGA. Le film devrait connaître une sortie en France l’année prochaine mais n’a pas encore de date définitive. Le cinéaste se penche de nouveau sur les dysfonctionnements familiaux, en particulier celui d’un divorcé, écrivain prometteur mais déchu, qui aligne de petits boulots de détective privé pour payer la pension alimentaire de son fils. Pension qu’il n’arrivera bientôt plus à payer à cause de son addiction pour les courses équestres. Alors que ses choix brisent chaque jour un peu plus les liens familiaux, il tente malgré tout de regagner la confiance des siens. Portrait d’un homme à la dérive, le film montre là encore combien le regard du cinéaste est emprunt de justesse.

Après la tempête (2016, Hirokazu Koreeda) affiche française

C’est une toute autre atmosphère qui émane du film sélectionné dans la section Midnight madness, Sadako vs. Kayako de Kōji Shiraishi. Le film d’horreur qui poursuit ici la double franchise fantomatique de The ring et The grudge fait sa seconde apparition en festival après une première projection au Fantastic Fest aux USA, bien que le film ait connu une distribution dans différents pays d’Asie. Le film est sorti sur les écrans nippons le 18 juin dernier sous la houlette du distributeur Kadokawa et a connu un beau succès en salle mais ne sera probablement pas exploité ici sinon sur support vidéo. Les deux filles fantômes du titre avaient tout pour se rencontrer et là encore il est question de VHS maudite et de maison hantée. S’il ne faut pas attendre grand-chose d’une histoire un peu tordue pour fusionner les deux univers, il faut cependant compter sur l’expérience du réalisateur, Kōji Shiraishi, un habitué du genre qui a notamment supervisé Grotesque (Gurotesuku) en 2009.

Sayako vs. Kayako (2016, Kôji Shiraishi) affiche japonaiseSadako vs. Kayako (2016, Kōji Shiraishi) affiche japonaise

Dans la section Découvertes est programmé le sublime film d’animation La tortue rouge de Michael Dudok de Wit. Sorti il y a quelques semaines en France, où le film bénéficie d’un beau succès public, La tortue rouge connaît également une belle trajectoire dans les festivals du monde entier. Il fut présenté au Festival du film international de Cannes lui aussi en mai dernier et avait même reçu le Prix spécial Un certain regard. Il sort ces jours-ci sur les écrans japonais sous le pavillon Tōhō. Le film, sans dialogue, est une fable humaniste de toute beauté, universel à la fois dans la forme comme dans le fond et rend hommage à un savoir-faire de l’animation traditionnelle. Il y a quelque chose d’envoûtant dans cette histoire d’une homme échoué sur une île déserte, une expérience sensorielle qui ravira les petits comme les grands.

La tortue rouge (2016, Michael Dudok De Wit) affiche japonaiseLa tortue rouge (2016, Michael Dudok de Wit) affiche japonaise

Ten mornings ten evenings and one horizon, le dernier court-métrage expérimental de Tomonari Nishikawa, est quand à lui sélectionné dans la section Wavelenghts. À la fois cinéaste, artiste et enseignant, Tomonari Nishikawa a quitté le Japon pour s’installer aux États-Unis où il a étudié le cinéma et la philosophie. Depuis le début des années 2000, il enchaîne les courts-métrages expérimentaux tels que Market street (2005), Lumphini 2552 (2009) ou plus récemment Sound of a million insects, light of a thousand stars (2014). Il est notamment le co-fondateur du Festival du film expérimental de Kuala Lumpur, le KLEX. Autre film d’un cinéaste d’origine japonaise vivant aux USA, Inner workings de Leo Matsuda, est également projeté mais dans la section Courts-métrages. Ce petit film d’animation est produit par les studios Disney, il accompagnera par ailleurs la distribution en salle du film Vaiana, la légende du bout du monde de Ron Clements et John Musker.

Rage (2016, Lee Sang Il) affiche japonaiseRage (2016, Sang-il Lee) affiche japonaise

C’est dans la section Séances spéciales que nous retrouvons la sélection la plus riche. Cette année ce sont trois films qui font honneur au cinéma japonais contemporain. Le premier, Rage (Ikari, 2016) est réalisé par Sang-il Lee. Il est présenté en avant-première mondiale au festival avant sa sortie sur les écrans japonais le 17 septembre prochain. Sang-il Lee, d’origine coréenne, est néanmoins né au Japon, il a notamment réalisé Unforgiven (Yurusarezaru mono, 2013), le remake japonais d’Impitoyable de Clint Eastwood avec Ken Watanabe dans le rôle titre, acteur que le cinéaste retrouve par ailleurs dans le casting de Rage. Le film adapte le roman éponyme de Shuichi Yoshida et se présente comme un thriller choral, déployant trois intrigues différentes dans trois lieux distincts. Ces trois intrigues sont pourtant liées par le meurtre d’un couple, meurtre dont l’assassin court toujours. C’est par ailleurs la seconde fois que Sang-il Lee adapte Shuichi Yoshida, après Villain (Akunin) en 2010. Le film est distribué par la Tōhō.

The long excuse (2016, Miwa Nishikawa) affiche japonaiseThe long excuse (2016, Miwa Nishikawa) affiche japonaise

The long excuse (Nagai iiwake, 2016) de Miwa Nishikawa ensuite, dont c’est aussi l’avant-première mondiale. Le film sortira au Japon le 14 octobre prochain et est distribué par Asmik Ace Entertainment. Miwa Nishikawa, qui réalise et signe le scénario du film d’après son propre roman, est l’une des rares réalisatrices à s’être fait un nom dans le monde très masculin du cinéma japonais. Wild berries (Hebi ichigo, 2003), Sway (Yureru, 2006) ou encore Ten nights of dream (Yume yū-ja, 2006) marquent déjà une décennie d’expérience. The long excuse s’attache au personnage de Sachio, un écrivain anéanti par la mort de sa femme dans un accident de bus. Pour surmonter son chagrin, il fait la connaissance de Yochi, un homme lui aussi rongé par la perte de son épouse dans ce même accident, et de ses deux enfants. Parce que Yochi est routier et donc peu présent à la maison, Sachio décide de s’occuper des deux orphelins.

Harmonium (2016, Kôji Fukada) affiche japonaiseHarmonium (2016, Kōji Fukada) affiche japonaise

Harmonium (Fuchi ni tatsu, 2016) de Kōji Fukada enfin. Le film avait été là encore présenté au dernier Festival du film international de Cannes également où il remporta le Prix du jury dans la section Un certain regard. Kōji Fukada connaît une certaine renommé dans l’Hexagone depuis la projection de son film Au revoir l’été (Hotori no sakuko, 2013) au festival Paris cinéma en juillet 2014. Harmonium sortira sur les écrans japonais le 8 octobre prochain sous la bannière du distributeur Elephant House. Le film centre son intrigue autour d’une famille heureuse, dont le chef de famille, Toshio, est le patron d’une PME dans le secteur métallurgique. La petite vie tranquille et sereine de son épouse et sa fillette de dix ans va soudainement changer quand apparaît Kusataro, une ancienne connaissance de Toshio. Kusataro est sorti de prison depuis peu, et afin d’aider son ami, Toshio décide de l’embaucher dans son entreprise. L’homme va peu à peu s’immiscer dans ce cercle intime. Le film devrait connaître une sortie en France en 2017. Le cru 2016 du Festival du film international de Toronto s’avère donc excellent, tant par le nombre de films présentés que par leur qualité. Un festival qu’il s’agira de suivre assurément.

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