Festival du Film Japonais Contemporain Kinotayo 2013

Le Festival du Film Japonais Contemporain Kinotayo revient pour sa huitième édition cette année du 03 au 21 décembre entre le cinéma Gaumont Opéra Premier et la Maison de la Culture du Japon à Paris. Un programme toujours composé de films récemment sortis sur les écrans nippons en compétition officielle des Soleils d’Or lors du festival, des avant-premières notables mais aussi une section hommage et enfin une section classique cette année réservée aux films de gangsters. Trois cinéastes, Shûichi Okita, Tatsushi Omori et Shoji Kubota, viendront présenter leur film respectif. De quoi bien remplir son agenda avant les fêtes de fin d’année. Pour celles et ceux qui n’habiteraient pas la région parisienne, le programme Kinotayo se poursuivra en janvier 2014 dans les villes partenaires de Metz, Strasbourg, Cannes, Le Cannet et Saint-Malo.

Le festival commence son cycle avec en cérémonie d’ouverture au Gaumont Opéra Premier Shield of straw (Wara no tate) de Takashi Miike. Alors que son tout dernier film, The Mole song: undercover agent Reiji (Mogura no uta – sennyû sôsakan: Reiji) sortira sur les écrans japonais le 15 février prochain, Shield of straw connu une sortie nationale le 26 avril 2013 quelques jours avant de connaître les honneurs d’une projection en avant-première française au Festival du Film International de Cannes. Cette histoire de traque après un condamné sur lequel pèse une récompense astronomique mettant les policiers responsables de sa protection à rude épreuve avait partagé les avis, réaction assez typique à propos des films du cinéaste. Le film connaîtra t-il une sortie française? Rien n’est moins sûr…

Shield of straw (2012, Takashi Miike) affiche japonaise

Pour la cérémonie d’ouverture à la Maison de la Culture du Japon à Paris, lieu d’accueil privilégie du festival, est programmé le dernier film de Shin Togashi, Oshin. Sorti le 12 octobre dernier au Japon, le film est un remake du long-métrage d’animation du même nom réalisé en 1984 par Eiichi Yamamoto, ce film étant lui-même l’adaptation cinématographique de la célèbre série télévisée ayant ému des millions de Japonais les années précédentes sur la chaîne NHK. L’histoire de la petite Oshin, vendue par ses parents pauvres, endure les brimades de la domestique de la maison d’accueil avant de fuir vers l’inconnu pour connaître un grand destin tirera sans doute quelques larmes aux spectateurs. La série originelle, qui a été diffusée dans de nombreux pays à travers le monde, n’a malheureusement pas connu de diffusion française pas plus que l’adaptation animée de 1984, l’occasion nous est donc donnée de découvrir cette histoire touchante pour la première fois dans l’Hexagone.

Oshin (2013, Shin Togashi) affiche japonaise

Autre avant-première très attendue du festival, celle de Outrage beyond (Autoreiji biyondo) de Takeshi Kitano. Sorti le 9 octobre 2012 au Japon, le film est la suite directe de Outrage (Autoreiji) réalisé par le cinéaste en 2010. Le film de yakuza a toujours été le point fort de Takeshi Kitano, apportant une certaine frontalité à la violence dépeinte dans ses films et ce depuis son premier long-métrage Violent cop (Sono otoko, kyôbô ni tsuki) en 1989. Si nous sommes très loin de l’humour potache et terre à terre de ses talks shows japonais (il est en effet davantage connu au Japon en tant que présentateur comique), Takeshi Kitano sait néanmoins instiller des notes d’humour salvatrices au milieu de tout ce chaos qu’engendre les guerres de gangs mafieux. Une sortie sur les écrans français ne serait pas du luxe…

Outrage beyond (2012, Takeshi Kitano) affiche japonaise

Pour clôturer le festival, un autre film hors compétition, La rosée des cieux (Ten no shizuku – Tatsumi Yoshiko « inochi no tsuupu »), documentaire réalisé par Atsunori Kawamura journaliste et cinéaste travaillant essentiellement pour la chaîne nationale NHK depuis les années 70. Ce film est la rencontre avec Yoshiko Tatsumi, figure de la gastronomie japonaise âgée de 88 ans et dont les recettes de potages (ces fameuses tsuupu du titre, autrement dit les soupes), qu’elle surnomme « la rosée des cieux », font l’unanimité. Au japon l’art culinaire est omniprésent et fait l’objet de nombreux films de fiction et séries d’animation là où en France on se contente de beaux livres et d’émissions télévisées assommantes. Les documentaires sur la question, comme La rosée des cieux, sont également l’apanage des écrans nippons ce qui est bien regrettable au regard du succès incontestable de la cuisine japonaise en France. A noter que la productrice du film, Mayumi Yanai, sera présente pour présenter le film.

La rosée des cieux (2012, Atsunori Kawamura) affiche japonaise

Sept films en compétition au total cette année en commençant par The drudgery train (Kueki ressha) de Nobuhiro Yamashita. L’histoire d’un jeune homme marginal, Kanta, ayant quitté l’école après le collège pour assouvir sa seule passion, la lecture. Sa rencontre avec un autre garçon de son âge, Shoji, en tout point son opposé, va lui permettre de grandir et d’échanger, lui qui avait l’habitude de s’enfermer dans sa bulle. Nobuhiro Yamashita est l’un des cinéastes japonais les plus talentueux du moment avec des films tels que Hazy life (Donten seikatsu, 1999), No one’s ark (Baka no hakonbune, 2002), Ramblers (Riarizumu no yado, 2003), Linda Linda Linda (Rinda Rinda Rinda, 2005) ou encore The Matsugane poshot affair (Matsugane ransha jiken, 2006) qui fut sélectionné lors e la seconde édition du festival Kinotayo.

The drudgery train (2013, Nobuhiro Yamashita) affiche japonaise

Black dawn (Gaiji keisatsu – sono otoko ni damasareruna), réalisé par Kentarô Horikirizono, est le second film en compétition. Adaptation cinématographique de la série japonaise Gaiji keisatsu datant de 2009 et pour laquelle Kentarô Horikirizono réalisa trois épisodes, le film étend davantage l’histoire de cette section anti-terroriste au prise avec le risque nucléaire. Le cinéaste est connu au Japon pour son travail à la télévision, notamment la série en six épisodes, Les vautours (Hagetaka, 2007) et la série fleuve de la chaîne NHK Princesse Atsu, l’épouse du 13ème Shogun Tokugawa (Atsuhime, 2008), Black dawn est son premier long-métrage au cinéma.

Black dawn (2012, Kentaro Horikizono) affiche japonaise

Dans un registre tout à fait différent The little girl in me (Boku no naka no otoko no ko) de Shoji Kubota raconte l’histoire d’un homme qui se coupe du monde après une faute professionnelle et qui, par le biais d’un site Internet de travestis va de nouveau pouvoir s’exprimer avec son entourage en adoptant une nouvelle identité féminine. Le film a connu différentes avant-premières à travers le globe, notamment au Festival des Films du Monde de Montréal en août 2012 et au Queer Film Festival de Pékin en 2013. Cinéaste et scénariste tardif, Shoji Kubota est né en 1947 mais ne choisira la voie du cinéma qu’avec son diplôme de la Japan Academy of Moving Images en 1997, son premier long métrage, Three count (Surî kaunto), date de 2009. Il enchaîne l’année suivante avec un film à suspense, Lost love murder (Shitsuren satsujin) puis Crazy-ism en 2011. Le cinéaste sera présent pour présenter son film.

The great passage (2013, Yûya Ishii) affiche japonaise

The great passage (Fune wo amu) est le neuvième film de la jeune réalisatrice Yûya Ishii, née en 1983. La romance d’un jeune excentrique embauché à la rédaction d’un nouveau dictionnaire avec la petite fille de son propriétaire va créer au sein du service rédaction bien des problèmes, loin d’être résolus par les différents membres de l’équipe, tous aussi singuliers les uns que les autres. La cinéaste continue de scruter les petits travers de la société japonaise par le prisme de la comédie amère après des films tels que Bare-assed japan (Mukidashi nippon, 2007), Girl sparks (Gâru supâkusu, 2007) ou encore Sawako decides (Kawa no soko kara konnichi wa, 2010).

Bozo (2013, Tatsushi Omori) affiche japonaise

Réalisé par Tatsushi Omori, Bozo (Botchan) est également en compétition. L’histoire de deux asociaux, Kaji et Tanaka, qui se rencontrent et se lient d’amitié en travaillant en intérim dans une usine à Nagano. Une amitié sincère mais singulière qui va mener les deux hommes là où ils ne pensaient pas aller. Réalisateur de son premier long-métrage Le murmure des dieux (Gerumaniumu no yoru, 2005), Tatsushi Omori a commencé sa carrière en tant qu’acteur dans Scarred angels (Kizu darake no tenshi, 1997, Junji Sakamoto) et Timeless melody (1999, Hiroshi Okuhara) puis Nami (2001, Hiroshi Okuhara) où il oeuvra également en tant que producteur. Dès 2010, il centre sa carrière sur l’écriture et la réalisation avec son second long métrage A crowd of three (Kenta to Jun to Kayo-chan no kuni) puis Tada’s do-it-all house (Mahoro ekimae Tada benriken) en 2011. Le cinéaste sera présent au festival pour présenter son film.

A story of Yonosuke (2013, Shûichi okita) affiche japonaise

A story of Yonosuke de Shûichi Okita nous narre l’étrange histoire de Yonosuke, étudiant à l’université. Alors qu’il rencontre peu à peu de nouveaux camarades, le jeune homme s’engage avec peu de talent dans le club de samba en rêvant de devenir photographe à la sortie du diplôme. Seize ans plus tard, ses amis se retrouvent mais Yonosuke a disparu, ils nous raconteront à nous, les spectateurs, ce qui est advenu de leur ami. Si son premier long métrage, Ryoichi & Kiyoshi (Kono subarashiki sekai), date de 2006, c’est avec ses deux films suivants que Shûichi Okita a connu le succès dans son pays, The chef of the South Polar (Nankyôku ryôrinin, 2009) et The woodsman and the rain (Kitsutsuki to ame, 2011), deux petites pépites du cinéma japonais contemporain pleines de fraîcheur et d’originalité. Shûichi Okita honorera le festival de sa présence pour présenter son film.

Japan lies (2012, Saburo Hasegawa) affiche japonaise

Le dernier film en compétition est un film documentaire, Japan lies – the photo journalism of Kikujiro Fukushima de Saburo Hasegawa. Figure mythique du photo-journalisme militant au japon depuis ses débuts à Hiroshima en 1945, Kikujiro Fukushima est de ceux qui pose son appareil photo au coeur des évènements sociaux qui secouent le Japon depuis plus d’un demi-siècle. Depuis le sort malheureux des Hibakushas (les irradiés de la bombe) jusqu’à la tragédie de la centrale de Fukushima en 2011, en passant par les révoltes estudiantines des années 60 contre le renouvellement du traité nippo-américain et le scandale de la pollution au mercure à Minata, rien n’a échappé à l’oeil scrutateur du reporter qui ne cesse d’interroger – et parfois de révéler les contre-vérités officielles – la réalité historique de son pays. Le cinéaste Saburo Hasegawa a commencé sa carrière dans les effets spéciaux avant de se convertir à la réalisation de documentaire pour la chaîne NHK ainsi que des chaînes privées depuis le milieu des années 90.

La pivoine rouge – le jeu des fleurs (1969, Tai Katô) affiche japonaise

La section classique donne la part belle cette année aux films de gangsters réalisés essentiellement dans les années soixante. Pas moins de neuf films au programme signés par les plus grands cinéastes du genre tels que L’indomptable d’Edo (Shafu yûkyôden – kenka tatsu, 1964, Tai Katô), La légende des yakuzas (Nihon kyôkyakuden, 1964, Masahiro Makino), Hommes, porcs et loups (Okami to buta to ningen, 1964, Kinji Fukasaku), Le sang de la vengeance (Meiji kyôkyakuden – sandaime shûmei, 1965, Tai Katô), La pivoine rouge – le jeu des fleurs (Hibotan bakuto – hanafuda shôbu, 1969, Tai Katô), La pivoine rouge – le retour d’Oryu (Hibotan bakuto Oryû sanjô, 1970, Tai Katô), Le cimetière de la morale (Jingi no hakaba, 1975, Kinji Fukasaku), Romance noire (Shabu gokudo, 1996, Tatsuoki Hosono), Nouveau combat sans code d’honneur: la conspiration (Shin jingi naki tatakai: bosatsu, 2003, Hajime Hashimoto). On peut regretter la programmation de nombreux films déjà projetés à la MCJP mais celle-ci offre néanmoins une diversité du film de gangsters japonais que l’on a peu l’occasion d’appréhender.

Fleurs d’équinoxe (1958, Yasujirô Ozu) affiche originale japonaise

La section hommage est réservée cette année au cinéaste Yasujirô Ozu pour fêter le 110ème anniversaire de sa naissance et le 50ème anniversaire de sa disparition. Celui-ci avait commencé avec le Festival de Cannes en mai dernier et le festival Kinotayo prolonge cette hommage avec la projection des copies restaurées par la Shôchiku des films Le goût du saké (Sanma no aji, 1962) et Fleurs d’équinoxe (Higanbana, 1958). Ce dernier ressortira par ailleurs sur les écrans français en 2014 par l’entremise du distributeur Carlotta. Pour les inconditionnels du cinéaste, notons la sortie simultanée du livre Ozu à présent sous la direction de Diane Arnaud et Mathias Lavin aux éditions G3J. Cette année encore le Festival du Film Japonais Contemporain Kinotayo aura permis aux aficionados du cinéma japonais de faire davantage connaissance avec des oeuvres récentes, occasion trop rare victime d’un marché cinématographique qui ne laisse guère de place aux films nippons.

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