Festival Entrevues de Belfort du 25 novembre au 3 décembre 2017

À l’origine créé en 1969 pour soutenir les films d’écoles de cinéma et le cinéma français, le Festival Entrevues de Belfort, appelé alors Festival des jeunes auteurs de Belfort, a été relancé en 1986 par Janine Bazin, productrice, réalisatrice et épouse du critique de cinéma André Bazin, ouvrant la sélection du festival aux films étrangers. Depuis, le festival est devenu un lieu de découvertes de jeunes talents internationaux, la compétition n’étant ouverte qu’aux premiers films des cinéastes. Une section rétrospective permet tout de même d’apprécier à chaque édition la trajectoire d’une ou d’un auteur en particulier. Cette année le festival ouvrira ses portes du 25 novembre au 3 décembre et quelques films japonais sont programmés même si aucun d’entre eux n’est sélectionné en compétition.

C’est dans la section des Avant-premières et des séances spéciales que cette sélection se révèle la plus intéressante avec deux titres très attendus. Le premier film, également projeté au Festival des 3 continents à Nantes ces jours-ci, est Le lion est mort ce soir, une coproduction franco-japonaise réalisée par Nobuhiro Suwa. Ce dernier est un habitué de notre sol, il avait réalisé déjà en langue française Un couple parfait en 2005 puis Yuki & Nina en 2009. Après avoir travaillé avec Béatrice Dalle, Valeria Bruni Tedeschi, Bruno Todeschini et Hippolyte Girardot, c’est avec Jean-Pierre Léaud que le réalisateur dialogue dans Le lion est mort ce soir. L’acteur y incarne un vieux un vieil homme nostalgique qui se réfugie dans une maison abandonnée, celle-là même qui abritait Juliette, l’amour de sa vie. Recherchant la tranquillité et la solitude, son refuge va pourtant vite devenir le terrain de jeu d’un groupe d’enfants qui désirent réaliser un film d’horreur dans la demeure. Le lion est mort ce soir avait été sélectionné au Festival international du film de San Sebastian en septembre dernier puis au Festival international du film de Busan en octobre. Le film sortira sur les écrans français le 27 décembre prochain.

Le lion est mort ce soir (2017, Nobuhiro Suwa) affiche française

Le second film présenté dans la section Avant-premières et séances spéciales est également une coproduction franco-japonaise réalisée, cette fois-ci, à quatre mains. La nuit où j’ai nagé (Oyogisugita yoru en japonais) est en effet mis en scène par Damien Manivel et Kōhei Igarashi. Le premier est connu en France pour avoir réalisé déjà deux longs-métrages, Un jeune poète en 2014 et Le parc en 2016. Le second n’a réalisé qu’un seul long-métrage, Hold your breath like a lover (Iki o koroshite), très remarqué en 2014, sélectionné notamment au Festival du film international de Locarno. La nuit où j’ai nagé suit les traces d’un petit garçon qui perd son chemin sur la route enneigée vers l’école. Confronté à la nature, ses bruits et ses pièges, le garçonnet traversera une expérience profonde qui le changera à jamais. Le film n’a pas encore de date de sortie française.

La nuit où j’ai nagé (2017, Damien Manivel et Kōhei Igarashi)
affiche internationale

La section Carte blanche est cette année offerte au producteur tunisien Saïd Ben Saïd, qui a notamment travaillé avec David Cronenberg, Paul Verhoeven et Brian de Palma. Ce dernier a récemment réagi à son éviction du jury des Journées cinématographiques de Carthage, auquel il participait depuis de nombreuses années. Le producteur propose, dans le cadre du festival de Belfort, une sélection large de films, anciens et récents, qui mettent en valeur ses goûts de cinéphile. Il a ainsi sélectionné Le destin de madame Yuki (Yuki fujin ezu), réalisé par Kenji Mizoguchi en 1950. Le film retrace la vie de madame Yuki, une femme brisée par son mariage. Humiliée, trompée, dénigrée constamment par son époux, cette femme de famille noble ne peut se résoudre au divorce alors que son ami d’enfance, Kataya, n’attends que cela pour pouvoir la réconforter. Kenji Mizoguchi s’attarde une fois de plus sur les affres de la condition féminine au Japon. Outre au statut renié des femmes, c’est aussi à leur sexualité que le cinéaste s’intéresse ici, une sexualité que la société nippone contrarie pour l’empêcher de s’épanouir. Le film sera présenté par Saïd Ben Saïd, accompagné de Jean Douchet.

Le destin de madame Yuki (1950, Kenji Mizoguchi) affiche française

Le jeune public n’est pas oublié de cette manifestation. La section Entrevues junior : je suis un héros, place nos chères petites têtes blondes au cœur du récit cinématographique. Deux films japonais répondent à cet appel ludique. Le premier film projeté dans ce cadre est Bonjour (Ohayō) réalisé par Yasujirō Ozu en 1959. Dans une famille modeste de la banlieue de Tōkyō, deux jeune frères, Minoru et Isamu, décident d’entamer une grève de la parole pour protester contre une punition parentale. Il leur est en effet interdit, jusqu’à nouvel ordre, de regarder la télévision. La fratrie ne se laisse pas abattre et compte bien obliger leurs parents à revoir leur position. Second film en couleurs de Yasujirō Ozu, le cinéaste reprend certains éléments développés dans un un précédent film, Gosses de Tokyo (Otona no miru ehon – umarete wa mita keredo) réalisé en 1932, pour le resituer dans le contexte des années cinquante. Contexte qui voit l’émergence de la télévision comme principale distraction familiale. Ironie de la chose, c’est la télévision qui, quelques années plus tard, provoquera la crise de l’industrie cinématographique japonaise alors mise en difficultés. Des difficultés dont l’industrie aura du mal à se remettre.

Bonjour (1959, Yasujirō Ozu) affiche française

Second long-métrage choisit pour le jeune public, Kiki la petite sorcière (Majo no takkyūbin), mis en scène par Hayao Miyazaki en 1989. Le contexte est ici plus fantaisiste. La jeune Kiki, qui vient d’avoir treize ans, part explorer le monde en enfourchant son balai de sorcière. Accompagnée de son chat Jiji, la jeune femme veut se frotter à la réalité de la vie et se voit proposer un poste dans une boulangerie. Elle a bien entendu interdiction d’utiliser ses pouvoirs. Ce n’est pas chose facile quand tout est simple avec la magie. Hayao Miyazaki enchante petits et grands comme à son habitude avec ce conte qui témoigne de l’attachement du cinéaste pour l’histoire de la vieille Europe continentale.

Kiki la petite sorcière (1989, Hayao Miyazaki) affiche japonaise

Enfin dans la section Courts-métrages internationaux, She’s beyond me représente le Japon. Ce court-métrage, de quarante-deux minutes, est le premier réalisé par Toru Takano, fraîchement diplômé de l’Université de Yokohama en innovation urbaine. Le jeune cinéaste met ici en scène Kazuki, un trentenaire qui tente de vivre de son écriture. Il choisit de passer ses vacances d’été sur son île natale pour se concentrer à la tâche. Mais très vite, il va se détourner de ses rêves s’en sans rendre compte et s’occuper de l’auberge de jeunesse où il a élu domicile. Si l’on peut regretter que cette édition du Festival Entrevues de Belfort ne mette pas en compétition de nouveaux films japonais, la sélection nippone de cette année reste réjouissante. Nous serons attentif aux éditions futures qui pourraient révéler de nouveaux cinéastes japonais tels que Toru Takano.

She’s beyond me (2017, Toru Takano) affiche internationale

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