Festival européen du film fantastique de Strasbourg du 15 au 24 septembre 2017

Il y a quelques jours, du 15 au 24 septembre dernier, le Festival européen du film fantastique de Strasbourg fêtait sa dixième édition. Une décennie d’existence pour un festival somme toute encore peu connu du grand public mais qui n’hésite pas à donner au cinéma fantastique la place qu’il mérite. Nous pourrions juste regretter, au regard de ces années passées, l’absence totale de films japonais en compétition depuis ces débuts, dans la catégorie des longs-métrages comme celle des courts-métrages. Ce n’est que dans les sections annexes que le cinéma nippon a pu trouver sa place et cette dixième édition ne fait pas exception.

Ainsi donc c’est dans la section Midnight movies que nous retrouvons sélectionné Kodoku meatball machine (Kodoku mītobōru mashin, 2017), réalisé par Yoshihiro Nishimura. Le film connaît décidément une belle carrière festivalière après avoir été notamment présenté au Festival international du film fantastique de Bruxelles en avril dernier, au Japan FilmFest de Hambourg en juin et bien sûr à L’Étrange festival il y a encore quelques semaines. Sans compter la vingtaine d’autres festivals ici et là, c’est dire si le film a pu jouir d’une couverture mondiale. Kodoku meatball machine est par ailleurs sorti dans les salles japonaises le 19 août dernier par le biais du distributeur indépendant ARK Entertainment.

Kodoku meatball machine (2017, Yoshihiro Nishimura) affiche japonaise

C’est dans la section Rétrospective que nous retrouvons l’essentiel des films nippons présentés cette année sous la thématique Humans 2.0. qui regroupe une dizaine d’œuvres évoquant, d’une manière ou une autre, le devenir du corps humain, qu’il soit cybernétique, artificiel ou encore totalement dématérialisé. Trois films japonais, le plus gros contingent ici, font honneur à l’anticipation cinématographique, à savoir Ghost in the shell (1995), Tetsuo (1989) et The clone returns home (2008). Inutile de présenter Ghost in the shell (Kōkaku kidōtai), réalisé par Mamoru Oshii, tant le film a imprimé sa marque dans le cinéma de science-fiction. Ce film d’animation, adapté du manga original de Masamune Shirow, a en effet établit de nouvelles exigences en matière de techniques d’animation et de rendu réaliste, et prouvé par la même occasion qu’un film d’animation n’était pas, par essence, exclusivement destiné à un jeune public. Avec Akira (1988, Katsuhiro Ōtomo) avant lui, Ghost in the shell a redéfini les frontières techniques et artistiques de l’animation mondiale.

Ghost in the shell (1995, Mamoru Oshii) affiche japonaise

Tetsuo lui, réalisé avec très peu de moyens techniques par Shin’ya Tsukamoto, a cristallisé en son temps la mouvance du cyberpunk japonais. Son grain noir et blanc, son montage frénétique, ses angles de prises de vues névrosés et sa thématique narrative bio-mécanique obscure en ont fait le porte étendard de toute une culture underground japonaise qui n’attendait que de sortir des bas-fonds pour venir agiter le cinéma familial tout tranquille qui venait sagement divertir les masses japonaises chaque semaine. Ici le corps humain est torturé, secoué de spasmes, déchiré par l’énergie industrielle qui vient unir la mécanique à la chair. Kodoku meatball machine n’est, on le voit, qu’un lointain rejeton de cet univers inquiétant et pessimiste. Tetsuo aura lui aussi marqué les esprits par son originalité et surtout son radicalisme formel.

Tetsuo (1989, Shin’ya Tsukamoto) affiche japonaise

Troisième long-métrage du cinéaste Kanji Nakajima, The clone returns home (Kurōn wa kokyō wo mezasu), réalisé en 2008, fut également projeté dans la rétrospective Humans 2.0. Contrairement aux deux précédents films, traitant davantage du côté artificiel de l’humain (le cyborg ou encore la métamorphose bio-mécanique du corps), The clones returns home traite exclusivement du clone génétique, c’est à dire la copie conforme biologique. Le film se concentre sur Kōhei Takahara, un astronaute qui perd la vie dans une mission suicide dans l’espace. Un clone de son corps est légalement « ressucité » pour lui donner une seconde chance alors que son épouse du défunt refuse cette procédure. Les scientifiques responsables du clonage feront face à des conséquences inattendues. À noter que le film est notamment produit par Wim Wenders ! Le Festival du film fantastique de Strasbourg a donc permis à quelques privilégiés de voir ou revoir quelques films japonais incontournables. Gageons que la prochaine édition nous fasse la surprise d’en sélectionner en compétition.

The clone returns home (2008, Kanji Nakajima) affiche japonaise

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