Festival Hallucinations Collectives à Lyon du 16 au 22 avril 2019

Créé par l’association lyonnaise ZoneBis en 2008, le festival Hallucinations collectives (à l’origine simple émanation de L’Étrange festival déporté dans la capitale des Gaules et qui ne prendra son nom définitif qu’à partir de 2011) ouvre les portes de sa douzième édition du 16 au 22 avril 2019. L’occasion de se repaître de films marginaux, singuliers et, souvent, inclassables. Comme chaque année, l’événement se déroule lors de la semaine de Pâques dans le cinéma Comoedia, partenaire de l »évènement. Le cœur de la programmation tourne cette fois-ci autour du phénomène de la blacksploitation, via une petite rétrospective de quatre films qui ont, en leur temps, redéfinit la place de l’acteur noir dans un cinéma éminemment engagé. Côté cinéma nippon, certes pas de film de compétition cette année mais néanmoins quelques titres à revoir.

C’est du côté d’une mini-rétrospective de trois films du label Roman porno, rétrospective judicieusement nommée Littérature vénéneuse, que se concentre la sélection nippone de cette année. Trois pépites des studios Nikkatsu signées par les trois grands cinéastes du genre : Tatsumi Kumashiro, Noboru Tanaka et Masaru Konuma. Le premier, Tatsumi Kumashiro, adapte le roman Justine ou les malheurs de la vertu du Marquis de Sade dans Woods are wet : woman’s hell (Onna jigoku : mori wa nureta, 1973). L’intrigue est ici transposée au Japon dans un décor unique, celui d’une demeure inquiétante dans laquelle Sachiko, une jeune femme innocente et pure, sera confrontée à une série de sévices sexuelles de plus en plus intenses par un couple en mal d’expériences lubriques. Le second, Noboru Tanaka, adapte quant à lui le grand romancier japonais, Edogawa Ranpō, maître du récit policier et surnaturel dans La maison des perversités (Edogawa Ranpo ryōki-kan : yaneura no sanposha, 1976). Ici, ce sont deux nouvelles, « Le promeneur du grenier » et « L’homme chaise », qui servent de support narratif au film dont l’intrigue évolue autour d’un propriétaire d’une pension de famille qui ne cesse d’assouvir ses penchants voyeuristes en observant secrètement ses locataires féminines. Jusqu’au jour où l’une d’entre elles, une prostituée, tue un client sous ses yeux, ce qui ne manque pas de l’exciter terriblement. Le troisième enfin, Masaru Konuma, adapte dans L’enfer des jeunes filles (Yumeno Kyūsaku no shōjo jigoku, 1977) le roman d’un auteur peu connu en France, Kyūsaku Yumeno, de son vrai nom Taidō Sugiyama, un auteur lié à la mouvance littéraire avant-gardiste et surréaliste des années 1920 et 1930. Ici deux adolescentes font les frais d’une éducation stricte dans un pensionnat de jeunes filles, lequel se trouve être une couverture appropriée pour dissimuler des activités nettement moins morales…

L’enfer des jeunes filles (1977, Masaru Konuma) affiche japonaise

La projection du long-métrage d’animation Millenium actress (Sennen joyū), réalisé par Satoshi Kon en 2001, programmée dans le cadre de la carte blanche offerte à Hélène Cattet et Bruno Forzani, cinéastes entre autres de L’étrange couleur des larmes de ton corps (2013) et de Laissez bronzer les cadavres (2017), clôt cette petite sélection nippone. Œuvre d’une incroyable audace narrative, Millenium actress se livre à un vibrant hommage à destination du cinéma japonais classique des années 1950. Le film suit les pas de Genya Tachibana, un journaliste admirateur de Chiyoko Fujiwara, une ancienne actrice de cinéma aujourd’hui très âgée. Lui rendant visite pour l’interviewer au sujet de sa carrière, la vieille dame plonge le journaliste et son cadreur dans les méandres de ses souvenirs… une vie haletante, pleine de passion et d’aventures. Satoshi Kon, disparu bien trop tôt à l’âge de 46 ans en 2010, aura marqué de son empreinte le milieu de l’animation japonaise. Ancien assistant de Katsuhiro Ōtomo, Satoshi Kon signe dès son premier film, Perfect blue (Pāfekkuto burū, 1997), une œuvre de maître. Millenium actress, quatre années plus tard, ne fera que confirmer l’aisance avec laquelle le cinéaste s’impose dans l’industrie de l’animation. Tokyo godfathers (Tōkyō goddofāzāzu, 2003) puis Paprika (Papurika, 2006) achèveront de l’imposer parmi les grands de l’anime.

Millenium actress (2001, Satoshi Kon) affiche japonaise

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