Festival international du film d’animation d’Annecy du 12 au 17 juin 2017

L’animation est donc à l’honneur ces jours-ci avec l’ouverture du Festival international du film d’animation d’Annecy du 12 au 17 juin 2017. Si cette année l’animation chinoise est aux premières loges (malgré une grave polémique et la censure d’un long-métrage suite aux pressions du gouvernement chinois sur les organisateurs du festival), l’animation japonaise est néanmoins au rendez-vous. Et quel rendez-vous !? Rien que dans la sélection officielleen compétition, ce ne sont pas moins de trois longs-métrages nippons qui concourent sur neuf titres présentés ! Nous voyons tout cela en détail ici avec également des petites surprises à venir dans les prochains mois…

La sélection officielle donc pour commencer ; A silent voice (Koe no katachi) tout d’abord, réalisé par Naoko Yamada pour le compte du studio Kyoto Animation. Adaptation du manga du même nom de Yoshitoki Ōima, A silent voice en reprend, bien entendu la trame, celle d’une petite fille sourde et muette, Shoko, arrivant dans sa nouvelle classe de primaire. Une arrivée pas du tout du goût de certains de ses camarades qui se mettent à la persécuter. L’un d’eux, Shoya, va pourtant comprendre tout le mal qu’il a pu lui faire et va tenter, alors qu’ils sont désormais au lycée, de se rapprocher d’elle à travers le langage des signes. Naoko Yamada fut déjà réalisatrice sur des précédentes productions du studio, notamment K-on ! le film (Eiga Keion !, 2011) et Tamako love story (Tamako rabu sutōrī, 2014). A silent voice, distribué par la Shōchiku, est sorti au Japon le 17 septembre 2016 et nous attendons avec impatience une date de sortie française.

A silent voice (2016, Naoko Yamada) affiche japonaise

Lou et l’île aux sirènes (Yoake tsugeru Rū no uta) ensuite, de Masaaki Yuasa. Le film, destiné à un jeune public, suit les tribulations d’un jeune garçon, Kai, vivant dans un village de pêcheurs isolés. Il se lie un jour d’amitié avec Lou, une jeune sirène. Cette amitié sera vite mal perçue par les villageois, pour qui les sirènes sont toujours annonciatrices de grands malheurs à venir. Masaaki Yuasa alterne son travail sur des séries animées et des courts-métrages personnels mais trouve parfois le temps de mener à bien un long-métrage, on lui doit notamment Mind game, co-réalisé avec Kōji Morimoto en 2004 puis The maiden galaxy (Yoru wa mijikashi aruke yo otome) en 2017. Lou et l’île aux sirènes est sorti sur les écrans japonais le 19 mai dernier sur le circuit Tōhō. Eurozoom est dors et déjà distributeur du film en France mais aucune date n’est avancée pour l’instant au sujet d’une sortie hexagonale.

Lou et l’île aux sirènes (2017, Masaaki Yuasa) affiche japonaise

Dans un recoin de ce monde (Kono sekai no katasumi ni) enfin. Réalisé par Sunao Katabuchi, la réputation du film précède largement sa projection au festival. Sunao Katabuchi fut en effet un proche d’Hayao Miyazaki pour lequel il a scénarisé certains épisodes de la série animée Sherlock Holmes dans les années quatre-vingt avant de se lancer dans la réalisation de longs-métrages avec Arīte hime en 2001 notamment, puis surtout Mai mai miracle (Maimai shinko to sennen no mahō) en 2008. Dans un recoin de ce monde raconte l’histoire de Suzu, une jeune femme qui, en 1944, quitte Hiroshima pour aller vivre dans la famille de son mari. Enjouée, souriante et optimiste de nature, les bombardements toujours plus destructeurs vont entamer sa joie de vivre. Le film est sorti le 12 novembre 2016 au Japon, par l’intermédiaire du distributeur indépendant Tokyo Theatres K.K. Le film a remporté un vif succès et sortira en France le 6 septembre 2017 sous l’égide du distributeur Septième Factory.

Dans un recoin de ce monde (2016, Sunao Katabuchi) affiche japonaise

L’animation japonaise n’est donc pas en reste mais il faut également compter sur la sélection de deux autres longs-métrages hors compétition. Le premier sera lui aussi exploité en France le 12 juillet prochain, là encore par Eurozoom, sous le titre Hirune hime – rêves éveillés (Hirune hime : shiranai watashi no monogatari). Mis en scène par Kenji Kamiyama, le film s’attache à suivre une adolescente, Morikawa, perturbée depuis peu par des rêves étranges. Lorsque son père, avec qui elle vit, se fait arrêter par la police, elle est bien décidée à lui venir en aide mais aussi à démêler la complexité de ses rêves. Kenji Kamiyama n’est pas un nouveau venu, il a notamment œuvré en tant que scénariste et réalisateur sur la série animée Ghost in the shell – stand alone complex entre 2002 et 2005, puis sur les films Eden of the east the movie I – The king of Eden (Higashi no eden gekijōban I : The king of Eden) et sa suite Eden of the east the movie II – Paradise lost (Higashi no eden gekijōban II : Paradise lost). Hirune hime – rêves éveillés est sorti au Japon le 18 mars dernier par l’antenne japonaise du distributeur américain Warner Bros.

Hirune hime – rêves éveillés (2017, Kenji Kamiyama) affiche japonaise

Second film a bénéficier d’une projection hors compétition, Rudolf the black cat (Rudorufu to ippai attena), se place, lui, davantage dans la case enfantine. Réalisé par Motonori Sakakibara et Yuyama Kunihiko, ce film en images de synthèse met en scène Rudolf, un jeune chat noir, certes un peu naïf, mais très fidèle. Soudainement séparé de son maître adoré, il va devoir composer avec la grande ville de Tokyo pour retrouver son chemin et côtoyer les chats errants. Gottalot, le plus craint d’entre tous, va prendre le petit nouveau sous son aile ou plutôt sous sa patte. Rudoplf va vitre découvrir que Gottalot n’est pas le grand méchant chat que certains décrivent. Le film est sorti au Japon le 6 août 2016 sous la houlette de la Tōhō mais ne devrait pas connaître de sortie française.

Rudolf the black cat (2016, Motonori Sakakibara et Yuyama Kunihiko)
affiche japonaise

Deux autres longs-métrages sont également programmés dans la section Séances évènements. Le premier, Mutafukaz, est une co-production franco-japonaise réalisée par deux animateurs, Guillaume Renard et Shōjirō Nishimi, regroupant le savoir-faire des deux pays. Adapté d’une bande-dessinée française aux fortes influences américaines, Mutafukaz est une production issue des studios Ankama Animations et Studio 4°C. Autant dire que le studio japonais apporte ici une expérience de poids à Ankama Animations, plus habituée, elle, au format télévisuel (la série Wakfu notamment). Le second film, Blame !, est l’adaptation du célèbre manga éponyme écrit et dessiné par Tsutomu Nihei. Réalisé par Hiroyuki Seshita, ce long-métrage en images de synthèse 3D, est une production de la plate-forme Netflix et fut diffusé mondialement le 20 mai dernier. Le film ne connaîtra pas, à priori, de sortie sur les écrans français.

Blame ! (2017, Hiroyuki Seshita) affiche japonaise

Dans les sections annexes, peu de courts-métrages japonais cette année. L’un d’eux est tout de même présenté en compétition, Jungle taxi, un co-production entre le Japon et la Corée du Sud réalisée par Hakhyun Kim en 2016. Utilisant le dessin sur papier, le cinéaste construit une intrigue autour d’un chauffeur de taxi transportant une cliente à travers la jungle pour retrouver un homme à l’article de la mort. Ambiance sombre et sinueuse au programme. Du côté des films de fin d’études, là aussi un seul titre japonais en sélection, Natsu no gero wa huyu no sakana de Sawako Kabuki. Ton résolument opposé avec ses dessins chargés de couleurs et ses formes courbées, le récit transforme les évènements douloureux en souvenirs charnels et sensibles. Un autre de ses films d’ailleurs est présenté dans une rétrospective à la thématique éloquente: animation érotique : des goûts et des couleurs… : rêves humides. Trois courts-métrages y sont programmés, Kômontekijûku ketsujiru juke de Sawako Kabuki justement (2012), Naked youth de Kōjirō Shishido (2006) et La salle de bain de Yōji Kuri (1971). De quoi faire le tour de l’érotisme en animation en prenant des chemins de traverse vers des œuvres souvent totalement méconnues.

Perfect blue (1997, Satoshi Kon) affiche japonaise

Dans la section Midnight specials sera fait honneur au thriller psychologique par excellence, avec la projection de Perfect blue (Pâfekuto burû) de Satoshi Kon. Le cinéaste signait déjà dès 1997, un premier long-métrage d’animation intense et inoubliable. Véritable animé aux relents hitchcockiens, Perfect blue repense et décompose le processus même de la narration et de la représentation pour perdre son héroïne, et le spectateur par la même occasion. Disparu trop tôt, à l’âge de quarante-six ans, Satoshi Kon fut l’une des figures de proue d’un cinéma d’animation exigeant et novateur. Sa trop courte carrière laisse néanmoins un vide béant dont la seule consolation qui nous reste est celle de visionner ses films, encore et encore.

Pour marquer le centenaire de l’animation japonaise, le festival a eu la bonne idée de programmer, dans le cadre Annecy classics, un ensemble de courts-métrages très anciens afin de découvrir quelques trésors de l’animation japonaise d’avant la Guerre du Pacifique. Si l’on peut être déçu par l’absence de films des années dix (le centenaire se fête car le plus ancien film d’animation japonais existant encore date effectivement de 1917), ne boudons pas notre plaisir de découvrir ces raretés, à savoir, par ordre chronologique ; Manga kobutori (1929, Yasuji Murata), Haru no uta (1931, Noburō Ōfuji), Ponsuke no haru (1934, Ikuo Oishi), Propagate (1935, Shigeji Ogino), Manga shin sarukanigassen (1939, Kenzō Masaoka) et enfin Arichan (1941, Mitsuyo Seo). Cette séance sera précédé d’un court-métrage animé de Franck Dion, L’empire des sens de Nagisa Oshima, un petit film, issu de la série Short cuts diffusée sur Arte, qui revient sur ce chef d’œuvre cinématographique sulfureux.

Akira (1988, Katsuhirō Otomo) affiche japonaise

Toujours dans le cadre Annecy classics, deux grosses œuvres de science-fiction nous rappellent combien le genre trouve dans l’animation un espace pour s’exprimer. En premier lieu Akira, réalisé par Katsuhirō Otomo en 1988, démontre à ceux qui seraient encore sceptique, que la dimension post-apocalyptique trouve ici son bijou animé. Adapté du manga éponyme, Otomo a su mettre en valeur la justesse du propos dans une forme cinématographique inédite jusqu’alors. C’est avec lui que l’animation japonaise a fait un grand bond en avant à la fin des années quatre-vingt pour repousser encore plus loin les limites techniques du médium. Le long-métrage ne trahit pas la bande-dessinée originale, certes plus complexe et développée, mais au contraire sublime son esthétique sombre et désespérée. Un film désormais culte qui aura également beaucoup fait pour placer la japanimation dans la sphère adulte.

Space battleship Yamato : resurrection (2009, Yoshinobu Nishizaki et Takeshi Shirato
affiche japonaise

Nettement moins connu, et toujours inédit en France par ailleurs, Space battleship Yamato : resurrection (Uchû senkan Yamato : fukkatsu hen) est le second long-métrage du programme. Réalisé par Yoshinobu Nishizaki et Takeshi Shirato en 2009, le film se place dans la lignée des longs-métrages de la saga Yamato produits à la fin des années soixante-dix et au tout début des années quatre-vingt, à savoir Farewell to space battleship Yamato (Saraba uchū senkan Yamato ai no senshitachi, 1978, Leiji Matsumoto), Space battle Yamato – new journey (Uchū senkan Yamato aratanaru tabidachi, 1979, Toshio Masuda), Space battleship Yamato – be forever Yamato (Yamato yo towa ni, 1980, Toshio Masuda) et enfin Space battleship Yamato – final (Uchū senkan Yamato kanketsu hen, 1983, Tomoharu Katsumata). En 2220, dix-sept années après les aventures du précédent Yamato, le cuirassé spatial n’a laissé qu’un vague souvenir. La Terre est désormais menacée par un trou noir mouvant. L’humanité est déplacée par cargos entiers, bientôt la cible d’ennemis venus de l’espace. Le puissant Yamato refait alors surface pour protéger l’espèce humaine.

Godzilla : planet of the monsters (2017, Kōbun Shizuno et Hiroyuki Seshita)
affiche japonaise

Enfin, en guise de mise en appétit pour les mois qui viennent, deux projets sont dévoilés à cette occasion, et des projets de taille ! Le premier est consacré aux monstres de tous les monstres, le bien nommé Godzilla ! En effet, après le reboot live Godzilla resurgence (Shin Gojira, 2016, Hideaki Anno et Shinji Higuchi), la grosse bête de la Tōhō revient en force dans un nouveau long-métrage d’animation, Godzilla : planet of the monsters, réalisé par Kōbun Shizuno et Hiroyuki Seshita (le réalisateur de Blame ! pour ceux qui suivent) pour une sortie prévue en novembre au Japon. Autre personnage de taille, Mazinger Z, qui devrait faire son retour remarqué l’année prochaine dans une version animée par Junji Shimizu. Le film n’a pas encore de date de sortie mais devrait connaître une exploitation cinématographique dans les premiers mois de 2018. Go Nagai en personne s’est déplacé pour l’occasion afin de présenter les premières images du projet. Kaijū et meccha refont donc leur apparition pour célébrer la culture populaire nippone comme il se doit, loin de cette époque où Goldorak et consort étaient fustigés par certains. Cette édition 2017 est donc copieusement fournie en ce qui nous concerne, une édition qui entérine, une fois de plus, la place de l’animation japonaise en France, une place méritée et désormais incontestable. Rendez-vous l’année prochaine pour une nouvelle édition qui, espérons-le, nous gâtera de nouveau.

Mazinger Z (2018, Junji Shimizu) affiche teaser

Mise à jour : Le film Dans un recoin de ce monde, réalisé par Sunao Katabuchi, a reçu la Mention du jury.

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