Festival international du film d’animation d’Annecy du 13 au 18 juin 2016

Petit coup de projecteur vers le passé. Puisque nous avions omis de rendre compte de l’édition 2016 du Festival international du film d’animation d’Annecy, qui s’était déroulé du 13 au 18 juin 2016, voici un petit récapitulatif des moments forts consacrés à l’animation japonaise. Cette édition fut malheureusement un peu chiche en la matière, aucun film de long-métrage japonais n’ayant était sélectionné en compétition cette année-là. La sélection Hors compétition fut un peu plus heureuse avec deux longs-métrages au programme : Gamba (Ganba to nakamatachi, 2015) et Jun, la voix du cœur (Kokoro ga sakebitagatterunda, 2015).

Le premier est réalisé par Tomohiro Kawamura, Yoshihiro Komori et Yōichi Ogawa et est l’adaptation en image de synthèse 3D d’une ancienne série animée des années soixante-dix, Adventures of Gamba (Ganba no bôken, 1975) basée, elle, sur un roman pour enfants. Reprenant le même trame générale, cette troisième adaptation animée suit les aventures de Gamba, la souris baroudeuse, souhaitant partir à l’assaut des océans. Sur son chemin, elle rencontre Chuta, une petite congénère dont la famille fut exterminée par de dangereuses belettes vivant sur une île escarpée. Inutile de préciser que le film (tout comme la série originale) est destinée à un très jeune public.

Gamba (2015, Tomohiro Kawamura, Yoshihiro Komori et Yōichi Ogawa)
affiche japonaise

Le second film, Jun, la voix du cœur réalisé par Tatsuyuki Nagai, est par contre clairement dirigé vers une audience plus adulte. Production du studio A-1 Pictures (dont sont sortis les films Blue exorcist – le film en 2012, et très prochainement Black butler : book of the Atlantic), le film s’attarde sur le malheur de Jun, une jeune fille rendu muette par la fée des œufs pour avoir prononcé des mots responsables du malheur de sa famille. Au collège, celle qui se fait discrète, presque invisible même parce qu’elle ne peut plus parler, est pourtant désignée pour incarner le rôle principal d’une comédie musicale. Sous l’angle du fantastique, le film aborde bien entendu la période cruciale de l’adolescence, où il faut apprendre à s’exprimer pour exister et trouver sa place. Le film sera par ailleurs prochainement exploité en vidéo en France via l’éditeur Kazé.

Jun, la voix du cœur (2015, Tatsuyuki Nagai) affiche japonaise

Dans la section courts-métrages, la sélection est plus parsemée. En seul film en compétition cette année, Suijungenten est réalisé par Ryo Orikasa en 2015, utilisant la technique de l’argile sur une thématique onirique illustrant, en forme de paysage, des vers du poète Yoshiro Ishihara. Dans la sélection du film de fin d’études, nous pouvions retrouver trois courts-métrages. Feed d’Okazaki Eri, réalisé en 2016, use de la technique du dessin sur papier animé par ordinateur, et chronique le passage inlassable du temps, montrant des enfants nourrir leur chèvre tout en se posant des questions sur leur quotidien répétitif. Le second, Nanimo-minakuteî, est l’œuvre de Keigo Ito datant de 2015. Tout en dessin sur papier et rotoscopie, l’on y voit un homme se retourner littéralement la peau du visage pour y voir quelque chose. Troisième film enfin, At the mouth of summer (Natsu no megami no kuchi no naka) de Xinxin liu (le réalisateur est chinois mais mais le film est produit dans l’enceinte de la Tokyo university of the arts) date de 2016. Le cinéaste y moque les affres d’une foule de riches Chinois venue profiter en masse d’une superbe plage d’un hôtel de luxe avant que celle-ci ne soit la proie d’un orage diluvien.

Du côté plus industriel du film de télévision, était sélectionné Into the pocket de Keisuke Matsumoto, appartenant à la série télévisée Super short comics. L’épisode use des détournements surréalistes et incongrus des petits moments de la vie pour mettre en lumière l’absurdité de la société moderne. Dans la sélection des films de commande, deux vidéoclips étaient cette année présentés, le premier pour le groupe français Ez3Kiel, illustrant, par la grâce de l’animation numérique, la musique L’oeil du cyclone (2015, Masanobu Hiraoka, co-production franco-japonaise) et le second pour le chanteur Sasanomaly avec la mise en image de The synesthesia ghost (2015, Makino Atsushi) par un mélange atypique de techniques d’animation centrée néanmoins sur le découpage de papiers. Deux univers, à la fois sonores et visuels, aux antipodes l’un de l’autre.

Belladonna (1973, Eiichi Yamamoto) affiche française

Les séances évènements de cette édition 2016 furent consacrées à deux longs-métrages sortis en salle. Le premier, Belladonna (Kanashimi no bêradonna, 1973) d’Eiichi Yamamoto, fit sensation pour sa redécouverte. Après de longues années passées aux oubliettes, les spectateurs ont pu admirer de nouveau ce bijou de l’animation, tant la sensualité et l’extrême élégance du dessin se confronte à la crudité du thème abordé. Le second, La tortue rouge, tout aussi splendide, tranche par son choix radical d’absence total de dialogue. Ce choix parle néanmoins de concert avec la saveur des images, véritable invitation à la méditation et à la réflexion écologique. Cette co-production franco-japonaise, signée Michaël Dudok De Wit, fut par ailleurs une belle surprise en salle, malgré l’austérité de sa forme.

La tortue rouge (2016, Michaël Dudok de Wit) affiche française

Pour terminer enfin, notons la programmation de deux œuvres en marge de la manifestation, celle du moyen-métrage La grenadière, réalisé en 2006 par Kôji Fukada puis celle, en plein air, du long-métrage Le garçon et la bête (Bakemono no ko) de Mamoru Hosoda, réalisé en 2015. Le festival avait accueilli l’année précédente le producteur du film, Seiji Okuda, pour une rencontre exceptionnelle autour d’une conférence work in progress du film. En salle Le garçon et la bête n’a pourtant pas véritablement rencontré son public. Cette édition 2016, si elle n’a pas brillé pour l’animation japonaise a pu néanmoins offrir quelques titres marginaux loin des sentiers battus.

Le garçon et la bête (2015, Mamoru Hosoda) affiche française

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