Festival International du Film de Berlin du 11 au 21 février 2016

La soixante-sixième édition du Festival International du Film de Berlin a ouvert ses portes il y a quelques jours et ce jusqu’au 21 février prochain. L’occasion de revenir sur la sélection de films japonais de cette année plutôt riche en rendez-vous. A commencer par le seul film sélectionné en Compétition, Creepy (Kurîpî), le dernier film réalisé par Kiyoshi Kurosawa. Adapté du roman de Yutaka Maekawa, Creepy s’inscrit dans la veine du thriller mystérieux chère au cinéaste après des films tels que Cure (Kyua, 1997), Shokuzai (2012) ou encore Seventh code (Sebantsu kôdo, 2013). Le film tourne autour d’un policier spécialiste des tueurs en série qui, pour rendre servie à un collègue dans l’impasse, se penche sur le dossier d’une disparition vieille de six ans. Faux-semblants, intrigue à tiroirs, ambiance nauséabonde, les ingrédients semblent réunis pour offrir aux spectateurs son lots de frissons et de surprises. Le film est produit et distribué par la Shôchiku et sortira le 18 juin prochain au Japon.

Berlinale 2016 affiche

Dans la section Panorama, c’est le dernier film de Wayne Wang qu’il faut remarquer, While the women are sleeping. Cinéaste hongkongais d’origine et depuis naturalisé américain, Wayne Wang signe ici un film japonais au casting alléchant regroupant Beat Takeshi, Hidetoshi Nishijima et Lily Franky pour une histoire non moins troublante. Celle d’un couple sans histoire, Kenji et Aya, passant quelques jours de vacances dans un hôtel où ils croisent un vieux docteur accompagné d’une jeune femme, prénommée Miki. Ce dernier filme la jeune innocente toutes les nuits avec sa caméra, une occupation étrange que le docteur n’a pas honte d’avouer à Kenji qui finit par fantasmer sur Miki de façon insistante, mettant en péril le séjour de quiétude qu’il était venu passer avec son épouse pour écrire son nouveau roman. Nous avions connu Wayne Wang plus léger, ici c’est une atmosphère étouffante et tendue que le cinéaste travaille pour nous plonger dans une réflexion troublante sur le désir et l’amour. Le film est produit par Creative Associates Limited (CAL), une maison de production indépendante, et distribué par la Tôei. Le film sortira le 27 février prochain sur les écrans japonais.

While the women are sleeping (2016, Wayne Wang) affiche japonaise

While the woman are sleeping (2016, Wayne Wang) affiche japonaise

C’est dans la catégorie Forum que les films japonais sont encore les plus nombreux. Deux longs-métrages sont cette année sélectionnés dans cette catégorie réservée aux découvertes. A road (Aru michi, 2015) est ainsi la première oeuvre du réalisateur Daichi Sugimoto, fraîchement diplômé au département Film et design de l’Université Zokei à Tôkyô. Un documentaire qui retrace son lointain désir d’étudier le cinéma, un désir qui mêle souvenirs du passé et réflexions présentes, entre l’enfance et le passage à l’âge adulte. Daichi Sigimoto est ici son propre sujet, sa caméra tentant de subtiliser ses bribes de mémoire face à une réalité qui l’éloigne malgré tout peu à peu de cet état initial. Réalisé par Kaori Momoi, actrice déjà reconnue depuis les années soixante-dix, Hee (Hi, 2016) est un puzzle psychologique entre une prostitué et un psychiatre. Elle, la déchue qui souffre de troubles de la mémoire à cause de la mort brutale de ses parents dans un incendie dont elle se sent responsable, lui, inexorablement rattrapé par cette patiente instable, des années après leurs premières séances. Mais le meurtre dont elle est désormais accusée change la perspective. Le psychiatre aurait-il manqué un détail à cette époque? Second film de Kaori Momoi après Faces of a fig tree (Ichijiku no kao) en 2007, l’actrice se plonge cette fois-ci elle-même au cœur du tourment d’une personnalité déchirée, déconstruite, fragmentaire, contradictoire. Le film n’a pas encore de date de sortie au Japon.

Hee (2016, Kaori Momoi) affiche internationale

Hee (2016, Kaori momoi) affiche internationale

Un hommage sera également rendu, dans ce qui sera certainement un des moments forts du festival, aux films bricolés au cour des années punk sous la bannière des Hachimiri madness. Hachimiri, ce terme japonais désignant le format de pellicule 8mm, est donc une sélection des œuvres les plus représentatives du genre par des cinéastes alors débutants mais aujourd’hui mondialement reconnus. Courts et longs métrages se succéderont pour découvrir avec quelle fureur et folie ces œuvres ont vu le jour. Dans le désordre bien sûr les films en question: Isolation of 1/880000 (Hachijyu hachi-man bun no ichi no kodoku, 1977, Sogo Ishii), Les aventures de Denchu Kozo (Denchû Kozô no bôken, 1988, Shinya Tsukamoto), I am Sion Sono!! (Ore wa Sono Sion da!!, 1984, Sion Sono), Tokyo Cabbage man K (Tôkyô hakusai kankaisha, 1980, Akira Ogata), Saint terrorism (1980, Masashi Yamamoto), A man’s flower road (Otoko no hanamichi, 1986, Sion Sono), Hanasareru gang (1984, Nobuhiro Suwa), Happiness Avenue (1986, Katsuyuki Hirano), UNK (1979, Makoto Tezuka), High-school terror (1979, Makoto Tezuka), The rain women (Ame onna, 1990, Shinobu Yaguchi). De quoi croquer une partie de cette période heureuse où le chaos de l’underground côtoyait la créativité la plus débridée.

Eté précoce (1951, Yasujirô Ozu) affiche japonaise

Eté précoce (1951, Yasujirô Ozu) affiche japonaise

Dans la section Classique, c’est au film Eté précoce (Bakushû, 1951) de Yasujirô Ozu qu’il sera fait honneur avec la projection d’une version restaurée et numérisée. Le film, unanimement encensé, raconte l’histoire d’une jeune femme prénommée Noriko, à laquelle Setsuko Hara prête ses traits, qui ne souhaite pas quitter le giron familial pour se marier, combien même ses proches lui enjoignent de le faire. Aider ses parents, son grand frère, la femme de celui-ci et leurs enfants la rend parfaitement heureuse. Pourtant le cycle de la vie est ainsi fait, les enfants sont destinés à grandir pour un jour quitter ceux qui les ont vu naître. Yasujirô Ozu excelle dans le portrait intimiste du quotidien tel qu’il se vit, à la fois immuable dans ses motifs mais aussi changeant dans ses détails. Un classique indémodable et serein qui tranche nettement avec le reste de la sélection de films japonais.

Creepy (2016, Kiyoshi Kurosawa) affiche japonaise

Creepy (2016, Kiyoshi Kurosawa) affiche japonaise

Pour clore cette sélection le court-métrage Vita lakamaya (2016) réalisé par Akihito Izuhara et l’installation vidéo Xénogénèse (1981) de l’artiste Akihiko Morishita seront également projetés. Le premier est un film d’animation sur le cycle annuel de la nature, lorsque deux petites créatures couchées sereinement dans un pré sont le point de départ d’un étrange voyage au cœur du monde végétal et animal, vibrant, gargouillant, trépignant, exaltant. Avant que les feuilles ne tombent des arbres et ne recouvrent le pré dans un silence reposant. Akihito Morishita est lui un artiste et cinéaste expérimental qui, dans le giron de Toshio Matsumoto dans les années soixante-dix, s’est tourné vers la pellicule 16mm pour impressionner ses images et réfléchir le médium lui-même. Xénogénèse ou comment une œuvre s’enfante elle-même par et pour le médium alors que le cinéaste se filme lui-même tournant en rond comme pour moquer la nature circulaire de la vie alors que des rayures apparaissent de plus en plus violemment dans l’image. Le film fut par ailleurs projeté pour la première fois au Forum International de la Berlinale en 1984, il est ici projeté à nouveau dans sa version numérisée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *