Festival international du film fantastique de Catalogne du 5 au 15 octobre 2017

Le Festival international du film fantastique de Catalogne, qui se déroule à Sitges en ce moment même du 5 au 15 octobre, fête ses cinquante bougies. Malgré l’actualité politique houleuse de la région, l’événement a bel et bien lieu pour le plus grand plaisir des aficionados du cinéma fantastique venus ici goûter aux plus belles pépites que le monde a offrir car, oui, ce festival est international et sait dérouler le tapis rouge à de nombreux films en provenance des quatre coins du monde. Le Japon n’a pas à rougir de son éloignement géographique car, cette année, ce n’est pas moins de dix-neuf long-métrages et un série télévisée qui sont programmés.

En compétition déjà, pas moins de trois titres nippons concurrent pour la récompense du meilleur film. Avant que nous disparaissions (Sanpo suru shinryakusha) de Kiyoshi Kurosawa, Blade of the immortal (Mugen no jūnin) de Takashi Miike et enfin Survival family (Sabaibaru famirī) de Shinobu Yaguchi. Les films de Kiyoshi Kurosawa et Takashi Miike ont tous deux été présentés au dernier Festival international du film de Cannes alors que Survival family fut projeté au Nippon Connection Film Festival à Francfort, en Allemagne, à la même période. Survival family s’offre comme un film post-apocalyptique où une gigantesque panne d’électricité plonge le monde dans une situation sans précédent. Sans énergie électrique, c’est tout l’équilibre des nations qui est en danger. À Tokyo, un père de famille décide d’emmener sa famille loin des agglomérations pour la protéger. Le cinéaste, Shinobu Yaguchi, n’est pas un nouveau venu. Sa carrière, commencée au milieu des années quatre-vingt dix, compte quelques titres reconnus tels que Adrenaline drive (Adorenarin doraibu, 1999), Swing girls (Suwingu garuzu, 2004) ou encore Wood job ! (Wood job ! Kamusari nana nichijo, 2014).

Survival family (2017, Shinobu Yaguchi) affiche japonaise

Dans la section Orbite, c’est le tout dernier film de Takeshi Kitano, Outrage coda (Autoreiji saishusho), qui est projeté. Présenté à la Mostra de Venise il y a tout juste quelques semaines, le cinéaste clôt ici sa trilogie entamée en 2010. Cette fois-ci, la guerre des clans s’exporte en Corée du sud où un cadre d’une importante société est retrouvé mort, tué par un membre de la pègre japonaise. Otomo, le yakuza tête brûlée incarné par Kitano himself, est renvoyé au Japon pour envoyer le malfrat en question ad patres. Autant dire que le cinéaste est en terrain très connu, lui qui a renouvelé le genre du films de yakuza dans le milieu des années quatre-vingt dix. Le film est sorti au Japon le 7 octobre dernier, distribué par la Warner Bros. En France Outrage coda risque fort de sortir directement en vidéo comme son prédécesseur Outrage : beyond.

Outrage coda (2017, Takeshi Kitano) affiche japonaise

La section Nouvelles visions permet quand à elle de découvrir deux œuvres japonaises, Love and other cults (Kemonomichi) d’Eiji Uchida et Stray nightingale (Midare uguisu) de Takuji Izumi et Hidenori Inoue. Deux films qui, chacun à leur manière, sortent des sentiers battus. Love and other cults prend comme thème central les sectes religieuses qui pullulent au Japon. Ai, une petit fille, en fait les frais à cause de sa mère, subjuguée par les croyances mystiques. Mais lorsque celle-ci connaît des ennuis avec la police, Ai se retrouve en foyer et va entamer une vie dissolue faite de fugues et de mauvaises décisions. La seule personne à la comprendre véritablement est Ryota, un délinquant qui, lui non plus, ne trouve pas sa place dans la société. Eiji Uchida nous revient ici après notamment un Grateful dead (Gureitofuru deddo, 2014) particulièrement remarqué et n’hésite pas à aborder, une de fois de plus, les thèmes les plus noirs. Love and other cults est sorti au Japon le 15 juillet dernier par l’entremise du distributeur indépendant Third Window Films.

Love and other cults (2017, Eiji Uchida) affiche japonaise

Parmi les projets les plus captivants du festival, Stray nightingale est probablement le plus original. Si la réalisation est signée Takuji Izumi et Hidenori Inoue, le film repose en fait sur une performance théâtrale de type kabuki mais tout en transgressant néanmoins les conventions. La pièce Midare uguisu connaît ici un lifting à la fois technique et esthétique tant les chorégraphies, les jeux de lumières et les audaces dans les cadrages transforment la scène théâtrale en maelström cinématographiques en respectant néanmoins les lignes narratives de l’œuvre originale. La compagnie responsable de cette combinaison improbable, Gekidan Shinkansen, se donne pour objectif d’apporter un nouveau souffle à un répertoire classique à la fois riche et traditionnel mais totalement délaissé par les jeunes générations.

Stray nightingale (2016, Takuji Izumi et Hidenori Inoue) affiche japonaise

La section Animation est de loin la plus fournie en termes de films japonais avec sept films présentés. A silent voice (Koe no katachi, 2016, Naoko Yamada), Hirune hime : rêves éveillés (Hirune-hime : shiranai watashi no monogatari, 2017, Kenji Kamiyama), Mutafukaz (2017, Guillaume Renard et Shōjirō Nishimi) et Lou et l’île aux sirènes (Yoake tsugeru Rū no uta, 2017, Masaaki Yuasa) ont tous les quatre été programmés au Festival international du film d’animation d’Annecy en juin dernier, sans compter que Hirune hime : rêves éveillés et Lou et l’île aux sirènes ont d’ors et déjà connu une exploitation en salles en France. Nous ne reviendrons donc pas dessus. Fireworks (Uchiage hanabi, shita kara miru ka ? Yoko kara miru ka ?, 2017, Akiyuki Shinbō et Nobuyuki Takeuchi), quand à lui, vient tout juste de sortir au Japon le 18 août dernier. Basé sur le téléfilm éponyme de Shunji Iwai, réalisé en 1993, le film suit un petit groupe de collégiens qui décide de regarder le feu d’artifice depuis le phare du village. Alors que le spectacle approche, la plus belle fille du collège demande à l’un des garçons du groupe de fuir avec elle.

Fireworks (2017, Akiyuki Shinbō et Nobuyuki Takeuchi) affiche japonaise

Aux côtés de Lou, l’île aux sirènes, un second film de Masaaki Yuasa est également projeté, The night is short, walk on girl (Yoru wa mijikashi aruke yo otome). Basé sur le roman du même nom écrit par Tomihiko Morimi, Masaaki Yuasa aborde ici la comédie romantique lycéenne. Un garçon timide, en dernière année, succombe aux charmes d’une fille aux cheveux noirs, pourtant plus jeune. Mais lui déclarer sa flamme engendre de bien belles complications surtout que la jeune fille en question est folle amoureuse de lui et n’ose, elle aussi, lui avouer. Loin du conte fantastique de Lou, l’île aux sirènes, The night is short, walk on girl s’appuie au contraire sur le quotidien banal, mais finalement attendrissant, de la vie au lycée. Le film est sorti sur les écrans japonais le 7 avril dernier dans le réseau des salles Tōhō.

The night is short, walk on girl (2017, Masaaki Yuasa) affiche japonaise

Dernier film d’animation projeté à Sitges, Yo-kai watch – le film (Yōkai wotchi : tanjō no himitsu da nyan !) réalisé par Shigeharu Takahashi et Shinji Ushiro. Adaptation de la franchise qui se décline sur de nombreux supports (jeux vidéos, mangas, série animée et d’innombrables produits dérivés) et en marge du récit qui se déroule dans la série animée, Yo-kai watch – le film explore les origines de la fameuse montre qui permet à Nathan d’invoquer les yōkai, ces esprits frappeurs qui lui permettent souvent de régler ses problèmes. Une nuit pourtant, sa montre disparaît, volée par des esprits malfaisants. Pour la récupérer Nathan devra remonter le temps et rencontrer son grand-père, l’inventeur de la montre en question. Le film est sorti sur les écrans français le 9 août dernier.

Yo-kai watch – le film (2014, Shigeharu Takahashi et Shinji Ushiro)
affiche japonaise

Dans la section Seven chances, qui proposent sept longs-métrages venus de sept pays différents à découvrir absolument, le Japon y est représenté par The bride for Rip Van Winkle (Rippu Van Winkuru no hanayome), signé par Shunji Iwai en 2016. Ce drame psychologique suit la trajectoire d’une jeune femme, Nanami, qui rencontre, par les réseaux sociaux, celui qui deviendra très vite son mari. N’ayant ni proches ni amis, la jeune femme fait appel à une société spécialisée pour employer des acteurs qui se feront passer pour des membres de sa famille à son mariage. Mais Nanami découvre ensuite que son mari la trompe. Cette déconvenue la plonge vers une autre vie, encore plus incertaine. Si le film a connu une belle carrière festivalière, il n’a en revanche jamais connu de projection en France alors que son précédent film, Hana et Alice mènent l’enquête (Hana to Arisu satsujin jiken, 2016) a même connu une exploitation dans les salles hexagonales.

The bride for Rip Van Wrinkle (2017, Shunji Iwai) affiche japonaise

Autre section importante qui accueille le cinéma japonais les bras ouverts, celle de Midnight X-treme. Cinq titres nippons témoignent de cet amour de la transgression et du mauvais goût. Le premier titre est en fait un montage des trois premiers épisodes de la série Tokyo vampire hotel réalisée par Shion Sono. Le cinéaste n’a pas peur de se confronter de nouveau au petit écran pour cette série mêlant déchaînements d’action, éléments fantastiques baroques et une pincée d’érotisme qui sied si bien à la nature vampirique du projet. Le tout à la sauce Shion Sono que l’on attend originale, explosive et cauchemardesque. Le second titre est en fait une coproduction entre les États-Unis et le Japon, Downrange réalisé par Ryūhei Kitamura. Ce dernier n’avait quasiment plus tourné depuis le début des années 2010 après une première expérience américaine avec Midnight meat train en 2008, puis une seconde en 2012 avec No one lives. Il n’a depuis réalisé qu’un seul film japonais, Lupin III (Rupan sansei) en 2014. Avec Downrange, Ryūhei Kitamura fait siens les préceptes du killer movie, en malmenant un groupe de jeunes premiers qui se retrouvent dans la ligne de mire d’un sniper meurtrier.

Downrange (2017, Ryūhei Kitamura) affiche japonaise

Le troisième titre très attendu est bien attendu Kodoku : meatball machine (Kodoku mītobōru mashin) de Yoshihiro Nishimura. Que ce soit lors de L’Étrange festival ou encore du Festival européen du film fantastique de Strasbourg, nous avons déjà évoqué le film et ses enjeux. De même pour le quatrième film, Vampire clay, déjà mentionné lors du Festival international de Toronto et de sa sortie au Japon le 20 août dernier, date de sortie de Kodoku meatball machine également. Le cinquième et dernier film de la section Midnight X-treme n’est autre que The mole song : Hong Kong capriccio (Mogura no uta : Hong Kong kyōsō-kyoku), séquelle du film The mole song : undercover agent Reiji (Mogura no uta : sennyū sōsakan Reiji, 2013), également réalisé par Takashi Miike, décidément à l’honneur dans cette édition 2017 du festival de Sitges. L’agent Reiji reprend du service, cette fois-ci pour démanteler une triade chinoise qui sévit au Japon.

The mole song : Hong Kong cappricio (2016, Takashi Miike) affiche japonaise

Dans les Sessions spéciales enfin, un autre film de Takashi Miike est présenté au public, Jojo’s bizarre adventure : diamond is unbreakable – chapter 1 (Jojo no kimyō no bōken : daiyamondo wa kudakenai – dai isshō). Là aussi le film a connu quelques projections festivalières, notamment au Festival international du film fantastique de Neuchâtel en Suisse au mois de juillet, puis au Festival international du film fantasia à Montréal au même moment. Adaptation du célèbre manga de Hirohiko Araki, Jojo’s bizarre adventure : diamond is unbreakable était un projet de longue date pour le cinéaste. Habitué des univers farfelus, prétendument inadaptables sur grand écran, Takashi Miike relève une fois de plus le défi. Après Terra Formars (Terafōmāzu, 2016) et The blade of the immortal (adaptation du manga L’habitant de l’infini), le cinéaste replonge de plus belle dans le film de commande très attendu par les fans. Le film fut distribué au Japon par la Tōhō et la Warner Bros. Le festival de Sitges aura été, une de fois de plus, le cadre idéal pour ce faire une idée des productions cinématographiques fantastiques venues du Japon et un marathon visuel pour le cinéphile qui e voulait pas en rater une miette. Rendez-vous l’année prochaine dans une Catalogne peut-être davantage indépendante…

Jojo’s bizarre adventure : diamond is unbreakable (2017, Takashi Miike)
affiche japonaise

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