Fleur secrète (Hana to hebi, 1974, Masaru Konuma)

Makoto est un jeune homme soumis à sa mère, une professionnelle des techniques du bondage et du sado-masochisme. Devenu impotent après avoir vu sa mère faire l’amour avec l’un de ses clients quand il était enfant, Makoto fantasme sur les photographies prise par sa mère lors de ses ébats. Un jour Senzo Toyama, patron du jeune homme et pervers sexuel insatisfait par la frigidité de sa femme, tombe sur les photographies en question et demande à Makoto d’initier sa épouse Shizuko aux plaisirs de la douleur et de l’entrave. Devenue prisonnière et objet sexuel de Makoto, celle-ci prend cependant très vite goût à cette initiation poussée. Pour sa part, le fils soumis profite de son ascendant sur Shizuko pour échapper au contrôle maternel.

Fleur secrète (1974, Masaru Konuma) affiche originale française

Adapté du roman d’Oniroku Dan qui a pour titre original Fleur et serpent, Fleur secrète a connu une exploitation cinématographique en France après avoir été montré dans différents festivals et rétrospectives sous différents titres, Vices et sévices à L’Etrange Festival ou encore Fleurs et serpents lors de la rétrospective du studio Nikkatsu à la Maison de la Culture du Japon à Paris en octobre 2007. Oniroku Dan est réputé au Japon pour ses nouvelles prenant comme cadre le milieu fétichiste et SM et, sous le pseudonyme de Matsugoro Kuroiwa, écrit des scénarios érotiques pour le compte de petites firmes telles que la Dorikitsu Productions. Le studio Nikkatsu, après quelques années de négociations réussit enfin à porter à l’écran en 1974 le fameux livre de l’écrivain. Le film, succès majeur dans l’archipel nippon, lancera la fameuse époque des roman porno de la firme et de nombreux titres issus de l’univers d’Oniroku Dan suivront, notamment le célèbre Une femme à sacrifier (Ikenie fujin) du même Masaru Konuma réalisé la même année.

Autre atout majeur du film, la célèbre actrice Naomi Tani. Véritable égérie du cinéma pinku, autrement dit du cinéma érotique japonais, cette dernière connaît bien l’univers de l’écrivain pour avoir jouer dans de nombreux films produits par de petites sociétés de production depuis la fin des années soixante. Surnommée « la reine du SM », l’actrice était en effet réputée pour soutenir les longues séquences douloureuses de bondage, son corps attaché par des cordes et suspendu dans le vide. Car si le film de Konuma n’est en rien un film pornographique, les séquences de séquestrations, de flagellations, d’humiliations et de sévices sont à peine feintes. En ce sens Fleur secrète fait partie des meilleurs films du genre parce qu’il associe à la fois l’érotisme torride de l’actrice, qui sait parfaitement jouer de son regard langoureux et pervers, et l’audace de la représentation sadomasochiste, une audace du corps-objet qui explore l’éventail des possibles jusqu’à pousser dans la radicalisme de l’ondinisme et de la coprophilie.

Avec l’exploitation sur les écrans de Quand l’embryon part braconner (Taiji ga mitsuryô suru toki, 1966, Kôji Wakamatsu) et La véritable histoire d’Abe Sada (Jitsuroku Abe Sada, 1975, Noboru Tanaka) et la commercialisation en DVD de la collection Roman Porno chez l’éditeur Wild Side, le genre a bénéficié ces dernières années d’un éclairage nouveau en France. Bien que Fleur secrète soit probablement l’un des titres les plus commerciaux du genre, il permet d’appréhender une dimension essentielle de la culture japonaise qui sait marier les éléments les plus subtils de l’art (l’art de la dissimulation, l’art des fleurs, l’art du kimono) au contexte le plus intime, l’érotisme et le fétichisme n’étant pas perçu de la même manière en Orient et en Occident. Visionner Fleur secrète prolonge sans difficulté le plaisir de la contemplation des estampes érotiques appelées shunga. Derrière les cloisons et autres portes coulissantes se cachent les plaisirs interdits et les fantasmes les plus inavouables…

Par David A.

Fleur secrète (1974, Masaru konuma) affiche originale japonaise

FLEUR SECRETE
(Hana to hebi)
Un film de Masaru Konuma
Scénario: Yôzô Tanaka d’après le roman de Oniroku Dan
Directeur de la photographie: Shôhei Andô
Montage: Akira Suzuki
Musique: Riichirô Manabe
Production: Akira Matsuoka
Compagnie de production: Nikkatsu

Avec Naomi Tani, Natagoshi Sakamoto, Yasuhiko Ishizu, Hiroko Fuji, Hijiri Abe, Hiroyuki Mikawa, Toshihiko Oda, Setsuko Ohyama, Haruhiko Sugawara, Akira Takahashi, Kôji Yashiro

Genre: érotique
Durée: 1h14
Pays: Japon
Année: 1974
Date de sortie japonaise: 22 juin 1974
Date de sortie française: 30 juillet 2008
Distribution française: Zootrope Films

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