Les chevaliers du zodiaque – la légende du sanctuaire (Seintôshi Seiya – legend of sanctuary, 2014, Keiichi Satô)

Au cours d’une bataille épique, un mystérieux chevalier d’or, Aiolos du signe du sagitaire, sauve un bébé d’une mort certaine. Réfugié mais blessé mortellement sur Terre, Aiolos confie le bébé à un explorateur érudit, Mitsumasa Kido, lui confiant que le bébé n’est autre que la réincarnation d’Athéna. Celle-ci alors prénommée Saori Kido, ennemie à venir du Grand Pope contrôlant le Sanctuaire, n’a d’autre espoir que les chevaliers de bronze qui ont pour mission de la protéger. Après seize années écoulées sans même se douter de son formidable destin, Saori Kido fait violemment connaissance avec les sbires du Grand Pope venus pour la supprimer. Un groupe de quatre chevaliers loyaux font alors irruption pour lui venir en aide. Seiya, Shiryu, Hyoga et Shun sont prêts à sacrifier leur vie pour elle. Mais pour légitimer leur action, ils devront affronter les douze chevaliers d’or et le Grand Pope.

Les chevaliers du zodiaque – la légende du sanctuaire (2014, Keiichi Satô) affiche française

Il y a deux manières de faire revivre au cinéma une licence adaptée par le passé à la télévision et aux supports vidéos: le respect total de l’oeuvre originale ou sa trahison. L’une ou l’autre de ces options a ses qualités et ses défauts. D’un côté s’assurer le soutien des fans de la première heure, de l’autre conquérir un nouveau public souvent plus jeune qu’il faut initier à l’univers proprement dit. D’un autre côté stagner dans une nostalgie qui pourrait paraître formellement moribonde, de l’autre trahir les fondamentaux d’un succès international auprès desquels se sont reconnus toute une générations de trentenaires et plus… Les chevaliers du zodiaque – la légende du sanctuaire (Seintôshi Seiya – legend of sanctuary) a choisi la plus mauvaise voie possible, celle de l’entre deux.

Si l’on fait fi de la série animée de la fin des années quatre-vingt, adaptation absolument géniale bien meilleure que le manga dont elle est issue (chose extrêmement rare), en regardant ce film d’animation tel qu’il est, la sanction est sans équivoque: le scénario truffé d’incohérences, les personnages à peine esquissés, les ellipses parfois incompréhensibles, certains passages totalement absurdes, et les enjeux dramatiques tout simplement absents. Triste constat pour un film qui tente de remettre sur le devant de la scène une licence sous-exploitée depuis des années en terme de film d’animation. Que l’on soit un aficionados de la première heure ou un total néophyte en matière de cosmos, le film ne peut satisfaire ni l’un ni l’autre des camps.

Soyons clairs, si Shura, Saga, Dhoko ou encore Aphrodite ne vous sont pas familiers, la chance est mince que le film vous en apprenne davantage sur ces personnages en une seule vision. Si vous ne savez pas au préalable d’où sortent les chevaliers de bronze venus défendre Saori, là encore peu de chance que votre curiosité soit satisfaite ici. Enfin si vous tentez de comprendre pourquoi certains chevaliers d’or se rallieront volontairement à la cause de la jeune déesse Athéna, n’en attendez pas plus, aucune explication valable ne vous sera fournie. C’est ici que le bât blesse, à trop vouloir respecter les grandes lignes de l’arc du sanctuaire dans la série animée qui se développe sur près de 114 épisodes (certes les épisodes concernant la bataille du sanctuaire à proprement parler ne s’échelonnent que sur 32 épisodes), c’est toute la psychologie des personnages (leurs points forts, leurs faiblesses, leur passé, leurs particularités) qui passe à la trappe.

Là où la série animée joue la carte d’une progression inexorable mais lente vers un combat sans merci avec pour horizon la découverte du septième sens, sens ultime propre aux chevaliers d’or et qui leur confère une supériorité indéniable, Les chevaliers du zodiaque – la légende du sanctuaire accumule les scènes d’action sans jamais offrir aux personnages une chance d’exister. Seul Seiya semble avoir un passé avec la jeune princesse Saori dont on découvre qu’elle possède un don de guérison. Pourtant lorsque, des années plus tard, ce dernier vient à son secours, les deux jeunes gens ne semblent pas se reconnaître. Les maîtres de Shiryu et de Hyoga, longtemps énigmatiques dans la série animée font ici l’objet de raccourcis expéditifs. Ikki, le cinquième chevalier de bronze, entre et sort de l’intrigue sans prévenir. Enfin le final contre le Grand Pope lorgne vers le grand n’importe quoi.

Ce projet de long-métrage portait pourtant en soi les capacités d’un renouveau s’il avait été réalisé avec un tant soi peu de rigueur et de bon sens. Réadapter l’histoire et les personnages sous un oeil neuf, cela est une évidence. Retravailler les armures, les décors, la mise en scène, personne n’aurait pu s’y opposer. Mais respecter le matériau de base, sa richesse, sa complexité et surtout son côté épique (peut-être aurait-il fallu prévoir non pas un mais deux ou trois longs-métrages) cela ne fait aucun doute. D’ailleurs le public japonais ne s’y est pas trompé et n’a réservé au film qu’un score très modeste, celui de la 99ème place au box office de l’année avec seulement 2 150 000 dollars de recettes, disparaissant du top 10 dès la troisième semaine d’exploitation. Les chevaliers du zodiaque – la légende du sanctuaire est une occasion ratée pour la Tôei qui n’offre ici qu’un prétexte à tout un éventail de produits dérivés (la liste des producteurs délégués est tout à fait révélatrice à cet égard).

Nous aurions pu rêver d’une véritable redécouverte du palais du sanctuaire, de combats titanesques contre les chevaliers d’or, d’une mélancolie du sacrifice de soi et d’une inénarrable amitié entre de jeunes chevaliers avides de respect et de justice, le film ne brille que par sa densité mal maîtrisée, son montage bien trop nerveux, ses personnages quasi inexistants et une musique absolument médiocre de Yoshihiro Ike qui ne peut faire le poids face aux partitions légendaires de Seiji Yokohama. Un film qui ne comble donc aucune des attentes placées en lui, tout juste un prétexte à un merchandising forcené qui met à mal tout un pan du cinéma japonais depuis déjà quelques années.

Par David A.

Les chevaliers du zodiaque – la légende du sanctuaire (2014, Keiichi Satô) affiche japonaise

LES CHEVALIERS DU ZODIAQUE – LA LEGENDE DU SANCTUAIRE
(Seintôshi Seiya – legend of sanctuary)
Un film de Keiichi Satô
Scénario: Tomohiro Suzuki d’après le manga de Masami Kurumada
Musique: Yoshihiro Ike et Yoshiki
Production: Yosuke Asama
Production déléguée: Masami Kurumada et Hiromi Kitazaki
Co-production déléguée: Katsuhiro Takagi (Tôei Animation), Shin Unozawa (Bandai Namco Games), Keisuke Furusawa (Bandai), Makoto Morishita (Next Wing), Zenkyu Kanazawa (Sanyo Bussan), Yukio Haruyama (Banpresto), Naoya Kinoshita (Kinoshita), Hidenobu Muramatsu (Tôei), Tomoya Takeda (Asatsu-DK), Toramatsu Mamiya (Tôei Video)
Compagnie de production: Tôei Animation

Avec les voix de Kaito Ishikawa, Kenji Akabane, Kensho Ono, Nobuhiko Okamoto, Kenji Nojima, Go Inoue, Ayaka Sasaki, Rikiya Koyama, Ren Osugi, Shinji Kawada, Mitsuaki Madono, Daisuke Namikawa, Hiroaki Hirata, Mitsuru Miyamoto, Masumi Asano, Takuya Kirimoto, Toshiyuki Morikawa, Kôichi Yamadera, Takuto Yoshinaga

Genre: animation, aventures, fantastique
Durée: 1h33
Pays: Japon
Année: 2014
Date de sortie japonaise: 21 juin 2014
Date de sortie française: 25 février 2015
Distributeur français: Wild Bunch
Editeur DVD et Blu-Ray: Wild Side
Date de sortie DVD: 1er juillet 2015
Date de sortie Blu-Ray: 1er juillet 2015

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