L’Etrange Festival 2013

La dix-neuvième édition de L’Etrange Festival vient tout juste d’ouvrir ses portes au Forum des Images à Paris. Du 5 au 15 septembre c’est toute une sélection de films bizarres, décalés, marginaux, étonnants, dérangeants, percutants qui s’offre aux spectateurs curieux et passionnés. Le cinéma japonais a souvent fait les honneurs de la programmation du festival et cette année ne déroge pas à la règle. Pas moins de sept films nippons sont sélectionnés, des inédits comme des pépites plus anciennes. Il y en aura comme d’habitude pour tous les goûts. Nous pourrons notamment découvrir les deux derniers longs-métrages de Shion Sono. Le premier, Bad film, est un projet entamé en 1995 à l’époque où le cinéaste appartenait à une troupe d’artistes de rue appelée Tokyo Gagaga, troupe que l’on peut voir à l’oeuvre dans le documentaire de Jean-Jacques Beinex réalisé en 1994, Otaku: fils de l’empire virtuel, le cinéaste français ayant alors interviewé le trublion japonais bien avant que ce dernier ne se fasse remarqué en Occident avec la réalisation de Suicide club (Jisatsu sâkuru) en 2001. Les prises de vue de Bad film se sont déroulées sur plusieurs années et Shion Sono n’en a achevé le montage que l’année dernière!!

Le second, Why don’t you play in hell? (Jigoku de naze warui) permet au cinéaste de renouer avec un certain sens de la folie brutale à travers un film d’arts martiaux névrosé en forme d’hommage au cinéma de genre. Why don’t you play in hell? a été présenté en avant-première mondiale au Festival International du Film de Venise il y a seulement quelques jours. Il sera à nouveau présenté au Festival du Film International de Toronto à la mi-septembre avant de sortir sur les écrans nippons le 28 septembre prochain. Comme quoi le cinéaste est dans les petits papiers des sélectionneurs cinéphages ces dernières années, à la manière de Takashi Miike il n’y a pas si longtemps.

Why don’t you play in hell? (Shion Sono, 2013) affiche originale japonaise

Toujours du côté des inédits, Miss zombie réalisé par Sabu, de son vrai nom Hiroyuki Tanaka. Le film, en noir et blanc, choisit de glisser le thème du zombie non pas vers un traitement horrifique habituel à la George A. Romero mais bien plutôt vers les rives du mélodrame, Sabu partant du principe qu’une femme zombie est une femme comme les autres qui mérite autant d’amour et d’affection que possible!! Ou comment aborder le thème du rejet de la différence dans une société hyper hiérarchisée sans en avoir l’air… Acteur, scénariste et cinéaste, Sabu est seulement connu en France pour la réalisation de Postman blues (Posutoman burusu, 1997). Loin des circuits officiels du cinéma japonais, le cinéaste poursuit donc ici son oeuvre décalée et indépendante en s’écartant volontairement des chemins balisés. Miss zombie sortira sur les écrans nippons les 14 septembre prochain.

Miss zombie (Sabu, 2013) affiche originale japonaise

Dernier inédit de la sélection du festival, 009-1 the end of the beginning de Kôichi Sakamoto. Le cinéaste est surtout connu au Japon pour son travail sur les séries télévisées Power Rangers et Kamen Rider. Par ailleurs la sortie du film sur les écrans nippons marquent le 75ème anniversaire de la naissance de Shôtarô Ishinomori, auteur du manga original 009-1, sorte de succédané féminin de Cyborg 009. 009-1 the end of the beginning est la première adaptation cinématographique, tournée en live, du manga. Peu de chance que ce film alliant action, science-fiction et espionnage ne dépasse le stade du circuit des festivals tant l’univers de Shôtarô Ishinomori reste à découvrir en France. Au Japon le film est sorti le 7 septembre dernier.

009-1 the end of the beginning (Koichi Sakamoto, 2013) affiche originale japonaise

Toujours du côté des inédits, le festival proposera également le dernier long-métrage de la franchise Blood the last vampire, Blood-C the last dark (Gekijôban Blood-C the last dark). Si l’histoire s’éloigne sensiblement de la trame originale du film réalisé par Hiroyuki Kitakubo en 2000, Blood-C the last dark est en fait la conclusion de la série animée Blood-C, diffusée à la télévision nippone il y a près de deux ans. On y retrouve cependant le personnage de Saya, la jeune vampire tueuse, dans une version moins torturée mais plus accessible à un public adolescent actuel. Autant le dire de suite, la vision de la série est nécessaire à une meilleure compréhension du film. Le film est le second long-métrage de Naoyoshi Shiotani après Tokyo marble chocolate réalisé en 2007.

Blood-C the last dark (Naoyoshi Shiotani, 2012) affiche originale japonaise

Pour rester dans le domaine de l’animation japonaise, les aficionados auront l’occasion de découvrir dans la section Les pépites de l’étrange un film autrefois distribué en France, La belladonne de la tristesse (Kanashimi no beradonna), parfois titré Belladonna la sorcière. Le film de Eiichi Yamamoto, réalisé en 1973, est un véritable ovni animé adapté du célèbre essai de Jules Michelet sur la sorcellerie. Sous la houlette de Mushi Productions, la maison de production fondée par Osamu Tezuka, le film est le dernier volet d’une trilogie regroupant Les mille et une nuits (Sen’ya ichiya monogatari, 1969, du même Eiichi Yamamoto) et Cléopâtre (Kureopatora, 1970, Osamu Tezuka). Cette trilogie lorgne vers l’animation érotique de manière étonnante pour un public tout à fait averti.

La Belladone de la tristesse (Eiichi Yamamoto, 1973) affiche originale japonaise

Cette année le festival gâtera les noctambules avec une nuit entièrement consacrée aux bad girls. Si 009-1 the end of the beginning entame ce cycle de quatre films, un second titre japonais est au programme, Le boulevard des chattes sauvages (Nora-neko rokku: sekkusu hantâ) plus connus pour certains sous son titre anglais Stray cat rock: sex hunter, datant de 1970 et réalisé par Yasuharu Hasebe. Troisième opus d’une série de cinq films produits par la Nikkatsu en 1970-1971 pour concurrencer la série des Delinquent girl boss de la Tôei, Le boulevard des chattes sauvages est un film peu banal tirant son contexte d’une petite ville jouxtant une base américaine où vivent de nombreux japonais métis. Sous forme de conflit entre gangs rivaux, c’est en fait la question raciale qui prédomine. L’icône féminine du film, Meiko Kaji, justifie amplement son visionnage. Deux ans avant La femme scorpion (Josshû 701-gô: Sasori, 1972, Shunya Ito) et trois ans avant Lady snowblood (Shurayukihime, 1973, Toshiya Fujita) Meiko Kaji connaît avec cette série les débuts d’une popularité qui ne se démentira jamais même si elle se tournera davantage vers la télévision dès la décennie suivante. Programme chargé donc mais qui ravira notre appétit en cinéma nippon en tout genre, nous attendons déjà une vingtième édition du festival qui promet…

Le boulevard des chattes sauvages (Yasuharu Hasebe, 1970) affiche originale japonaise

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