L’étrange festival 2015

Du 03 au 13 septembre dernier s’est déroulé L’Etrange festival au Forum des images à Paris. Comme chaque année, l’évènement fut remarqué pour son lot de films excentriques, bizarres, expérimentaux, étranges, perturbants, et bien plus encore. Le cinéma japonais est souvent chouchouté par la programmation mais pour cette 21ème édition, l’équipe du festival a fait appel aux invités de marque du cinéma de genre: Shion Sono, Hideo Nakata, Takashi Miike ou encore Sabu! De quoi pouvoir découvrir leurs tout derniers films et profiter d’un cinéma japonais malheureusement cantonné à la marge.

L'Etrange Festival 2015 afficheHors compétition, le festival nous gratifie tout d’abord l’une des dernières pépites du cinéaste Shion Sono (le bonhomme a réalisé pas moins de cinq films en 2015!), le mystérieux Love & peace (Rabu & pîsu), autour d’une romance un peu fantastique mêlant chansons punk et cinéma de monstres japonais ! Chez le cinéaste le mélange des genres est devenu une constante, non seulement afin de dérouter un public souvent trop sage mais aussi pour travailler sur les codes cinématographiques d’un cinéma japonais souvent engoncé, voir enfermé dans les règles du genre. La comédie s’associe ici au kaiju eiga, et la petite tortue adoptée par le héros du film finit par voler la vedette aux personnages principaux.

Love & peace (2015, Shion Sono) affiche japonaiseLove & peace (2015, Shion Sono) affiche japonaise

Shion Sono est par ailleurs également présent en compétition cette année avec Tag (Riaru onigokko), comédie déjantée, furieuse, décomplexée qui assume totalement sa part de ridicule. Là aussi le mélange des genres, entre horreur gore, figures fantomatiques et bouffoneries lycéennes, est roi. La créativité et les audaces du cinéastes n’ont pas de limites et Tag est bel et bien là pour le prouver, remportant le prix Cheval Noir du meilleur film au festival Fantasia de Montréal cet été dernier. Shion Sono est devenu un forcené du métier à l’image de son comparse Takashi Miike. Les deux trublions nippons enchaînent les projets à ne plus pouvoir reprendre son souffle.

Tag (2015, Shion Sono) affiche japonaiseTag (2015, Shion Sono) affiche japonaise

Takashi Miike est justement, lui aussi, sur le devant de la scène pour cette édition de l’Etrange festival avec Yakuza apocalypse – the great war of the underworld (Gokudô daisensô) au programme. Dans ce film Takashi Miike transgresse également les limites des genres, parodiant dans une farce fourre-tout les codes de films de yakuzas, de vampires et autres créatures folkloriques si chères à la culture japonaise. Le sang, les grosses bastons, les facéties sont donc au rendez-vous pour en mettre plein la vue dans la plus pure tradition du réalisateur. Les années passent, et si Takashi Miike ralentit un peu son rythme de tournage, il n’en garde pas moins un désir de combler les attentes de son public. Chose faite avec Yakuza apocalypse – the great war of the underground, en patientant sagement son prochain méfait… on parle même de l’adaptation de TerraFormars

Yakuza apocalypse (2015, Takashi Miike) affiche japonaiseYakuza apocalypse – the great war of the underworld (2015, Takashi Miike) affiche japonaise

Sabu sera également de la partie avec la projection de Chasuke’s journey (Ten no Chasuke), fable romantico-fantastique autour de l’histoire d’amour entre un ange et une humaine. Adaptant son propre roman Sabu, de son vrai nom Hiroyuki Tanaka, mêle adroitement vision fantastique des cieux et démêlés sentimentaux un peu mièvre, le tout saupoudré d’instants de comédie fantaisiste. Loin du côté sombre et dramatique d’un Miss zombie qui avait alors surpris les festivaliers en 2013, Chasuke’s journey est au contraire lumineux à souhait. Comme quoi le cinéaste ne s’agrippe pas à la morosité et le morbide cinématographiques pour pouvoir faire ses preuves. Moins productif que Shion Sono ou Takashi Miike, Sabu reste néanmoins un cinéaste indépendant à suivre.

Chasuke's journey (2015, Sabu) affiche japonaiseChasuke’s journey (2015, Sabu) affiche japonaise

Last but not least, le dernier film du spécialiste du film de fantômes japonais, Hideo Nakata, est également au programme. Celui qui s’était fait un peu discret en passant par la case du cinéma américain revient à ses premiers amours avec Ghost theatre (Gekijô rei). Hideo Nakata propose à travers cette histoire de femme fantôme hantant la préparation d’une pièce de théâtre un remake de l’un de ses premiers film, Don’t look up (Joyû-rei) réalisé en 1996. Ce projet d’époque l’avait amené à s’interroger sur la mise en scène des fantômes à l’image, une sorte de première expérience avant davantage de maîtrise sur son film suivant, Ring (Ringû, 1998). Ghost theatre se place bien évidemment dans cette tradition du film de fantômes en milieu artistique, celui du théâtre en particulier, qui plonge toute une équipe d’acteurs au cœur de la tourmente, brouillant les frontières entre la réalité et la fiction.

Ghost theatre (2015, Hideo Nakata) affiche japonaiseGhost theatre (2015, Hideo Nakata) affiche japonaise

NB: Cet article n’a pas pu paraître fin août 2015 à cause d’une manœuvre malveillante sur le blog Denkikan, resté malheureusement bloqué pendant plusieurs mois à l’époque. L’article est ici mis en ligne afin de combler les articles liés à l’Etrange festival et présente quelques modifications par rapport au texte original. Celui portant sur l’édition 2016 suivra d’ici quelques jours.

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