L’Étrange festival du 6 au 17 septembre 2017

La vingt-troisième édition de L’Étrange festival ouvrira ses portes demain, du 6 au 17 septembre prochain, toujours au sein du Forum des images. Le festival parisien, qui accroît sa notoriété d’année en année, dévoile encore une programmation éclectique, originale et provocatrice. En terme de cinéma japonais, ce ne sont pas moins de six longs-métrages qui nous seront proposés, accompagnés de quatre courts-métrages et d’une série télévisée. Une fois n’est pas coutume, c’est en effet les premiers épisodes de la nouvelle série signée Shion Sono, sobrement intitulée Tokyo vampire hotel, qui seront projetés en séance spéciale. Shion Sono est donc de nouveau fêté dans le cadre du festival par le biais de la petite lucarne. Le cinéaste n’en est pas à son galop d’essai en la matière, il avait auparavant supervisé des épisodes des séries Jikō keisatsu en 2006 puis sa suite, Kaette kita jikō keisatsu en 2007, et enfin Minna ! Esupā dayo ! en 2013. L’homme exploite son côté touche-à-tout et n’hésite pas à manipuler tous les formats possibles.

Autre moment très attendu du festival, la projection en compétition du dernier film de Kiyoshi Kurosawa, Avant que nous disparaissions (Sanpo suru shinryakusha). Le film avait bénéficié d’une sélection dans la section Un certain regard au dernier Festival de Cannes. Pour les malchanceux qui n’ont pas pu bénéficier de cette avant-première cannoise, l’occasion est idéale pour découvrir ce thriller, genre qui sied manifestement bien au cinéaste après le réussi Creepy (Kurīpī : itsuwari no rinjin, 2016), sorti en juin dernier en France. À ce titre Avant que nous disparaissions devrait également connaître une sortie sur les écrans hexagonaux. Le film sera distribué au Japon le 9 septembre prochain par la Nikkatsu.

Avant que nous disparaissions (2017, Kiyoshi Kurosawa) affiche japonaise

Dans la section Mondovision, ce sont deux longs-métrages inédits dont nous gratifie le festival. Le premier, Death row family (Zen’in shikei), est réalisé par Yūki Kobayashi dont c’est le second film après Kokō no tōboe, sorti en 2015 au Japon. Death row family est l’adaptation d’un roman, Waga ikka zen’in shikei, écrit par Tomohiko Suzuki et relate la descente aux enfers d’une famille endettée prête à tout, y compris le crime, pour s’offrir une vie confortable. Le film, distribué par la Nikkatsu, sortira le 18 novembre prochain au Japon.

Death row family (2017, Yūki Kobayashi) affiche japonaise

Le second film présenté dans ce cadre est Kodoku : meatball machine (Kodoku : mītobōru mashin) Son réalisateur, Yoshihiro Nishimura, offre ici une séquelle au mythique Meatball machine (Mītobōru mashin, 2005, Yudai Yamaguchi et Jun’ichi Yamamoto) dont il a signé, à l’époque, les effets spéciaux de maquillage. Le fond de la chose est, dans les grandes lignes, le même avec cette invasion des Necroborgs, venus sur Terre pour prendre possession des corps humains afin de les transformer en cyborgs obéissants. Kodoku : meatball machine est clairement l’objet cinématographique japonais non identifié dont les aficionados du festival raffolent, un savant mélange d’absurde et de giclées sanglantes sur fond de mise en scène quasi inexistante. Le film est distribué au Japon par ARK Entertainment et a connu une sortie sur les écrans nippons le 19 août dernier.

Kodoku : meatball machine (2017, Yoshihiro Nishimura) affiche japonaise

Pour fêter les vingt bougies de l’émission radiophonique Mauvais genre, le festival donne cette année carte blanche à son créateur et animateur, François Angelier. Ce dernier nous fait l’immense plaisir de sélectionner Le lézard noir (Kurotokage), film pop et psychédélique mis en scène par Kinji Fukasaku en 1968. Avec Yukio Mishima et Akihiro Miwa, la célèbre travestie japonaise, dans les rôles titres, le cinéaste fait honneur à l’imagination débridée d’Edogawa Ranpo, le célèbre auteur de récits policiers et horrifiques, dont le film est une adaptation. Le film avait connu une sortie discrète sur les écrans français en février 1984 mais à l’époque le nom de Kinji Fukasaku ne provoquait que mépris et condescendance, cela bien avant la reconnaissance que lui témoignera Quentin Tarantino dans les années quatre-vingt dix.

Le lézard noir (1968, Kinji Fukasaku) affiche japonaise

Comme chaque année le festival donne la parole au ciné-concert Retour de flamme, dirigé par Serge Bromberg, spécialiste des films muets et animateur de l’ancienne émission télévisée Cellulo, consacrée aux anciens dessins animés. Une page folle (Kurutta ippeji) réalisé en 1926 par Teinosuke Kinugasa sera ainsi accompagné au piano. Film rare, Une page folle aura pourtant marqué le cinéma des années vingt au Japon. Film totalement dénué de cartons, c’est par la forme et le rythme même des images que le cinéaste s’exprime, transformant Une page folle en véritable expérience cinématographique. L’occasion est d’autant plus belle que le film sera présenté dans une version restaurée en 4K.

Double affiche japonaise de Une page folle et Carrefour de Teinosuke Kinugasa

Dans la section courts-métrages seront proposés un panel d’œuvres éclectiques, certaines ayant par ailleurs déjà connu le chemin des festivals. Ainsi Natsu no gero wa huyu no sakana, réalisé par Sawako Kabuki, et Jungle taxi, signé par Hakhyun Kim, furent projetés au dernier Festival international du film d’animation d’Annecy. Un autre film de Sawako Kabuki, Nou nen feat. Utae, sera également présenté cette année. La cinéaste a, par ailleurs, déjà connu les honneurs de L’Étrange festival l’année dernière avec son court-métrage, Don’t tell mom (Okāsan ni naisho, 2015). Dernier titre au programme de cette section, Movements arising from different relationships – between regularity and irregularity II, réalisé par Masahiro Tsutani, prolongement direct de son premier court-métrage Between regularity and irregularity, réalisé en 2013, projeté à L’Étrange festival en 2014.

Mutafukaz (2017, Guillaume Renard et Shōjirō Nishimi) affiche française

En guide de film de clôture, l’équipe du festival nous fera découvrir une co-production franco-japonaise, le film d’animation Mutafukaz, supervisé par Guillaume Renard, l’auteur de la bande-dessinée originale, et Shōjirō Nishimi, un animateur réputé ayant commencé sa carrière sur Akira (1988, Katsuhiro Ōtomo). Le style typé comics lorgnant vers la culture hip hop rencontre ici l’animation japonaise, prise en charge par le Studio 4°C. Autant dire que le mélange promet d’être original et soigné. Le film, présenté lui aussi au dernier Festival international du film d’animation d’Annecy, ne connaît pour le moment pas de sortie française. Gageons que la réception du film à L’Étrange festival lui donne suffisamment d’écho pour une sortie prochaine en bonne et due forme. Certes cette édition 2017 du festival ne rivalise pas, en quantité, avec celle de l’année précédente mais la diversité et la qualité des films choisis nous permettent, une fois de plus, de profiter pleinement de quelques pépites du cinéma japonais. Rendez-vous est pris dans douze mois, une attente interminable cela va s’en dire…

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