Neuchâtel International Fantastic Film Festival du 03 au 11 juillet 2015

La quinzième édition du Neuchâtel International Fantastic Film Festival (NIFFF pour les intimes) nous gâte particulièrement en film japonais cette année! L’un des évènements de ce festival, et non des moindres, est la venue du cinéaste Shion Sono (nous insistons sur Shion Sono plutôt que Sion Sono d’après le sytème Hepburn) pour un tribute qui lui est consacré. A travers une conférence et trois films projetés, le cinéaste aura plaisir à conquérir le public suisse par ses excentricités cinématographiques allant des dysfonctionnements familiaux dans Strange circus (Kimyô na sâkasu) réalisé en 2005 jusqu’à ses délires musicaux-mafieux dans Tokyo tribe (Tôkyô toraibu) en 2014 en passant par ses délires sanglants d’un tournage de films de yakuzas dans Why don’t you play in hell? (Jigoku de naze waruii) sorti en 2013. Le cinéaste, tout d’abord poète, écrivain et artiste de rue, combinera à la réalisation de ses premiers courts-métrages dans les années quatre-vingt l’engagement artistique du mouvement Tokyo GAGAGA dont il est le meneur. Un mouvement essentiellement basé sur des happenings improvisés dans la rue. Shion Sono est un touche-à-tout qui n’hésite pas à tendre vers l’iconoclasme.

Autre moment fort de ce cru 2015, la sélection de trois films japonais dans la section New cinema from Asia. De quoi s’offrir une bonne séance nippone de films radicaux signés Takahisa Zeze, Takeshi Miike ou encore Mamoru Oshii, trois grands noms du cinéma alternatif japonais qui sont loin d’être des inconnus chez nous. Le premier, certainement le plus borderline avec ses films érotico-dérangeants, signe avec Strayer’s chronicle (Sureiyâzu kuronikuru) l’adaptation éponyme du roman à succès de Takayoshi Honda, contant les expériences secrètes menées dans les années quatre-vingt dix par le gouvernement japonais afin de fabriquer des enfants dotés de super-pouvoirs. Le film vient tout juste de sortir sur les écrans japonais le 27 juin dernier.

Strayer’s chronicle (2015, Takahisa Zeze) affiche japonaise

Autre film dont nous avons déjà parlé dans ces colonnes, celui de Takashi Miike présenté à Cannes, Yakuza apocalypse (Gokudô daisensô, 2015). Plus adapté à ce type de festival Yakuza apocalypse pourra ici davantage rencontrer son public alors que le film fut froidement reçu sur la Croisette, ce qui n’est pas une surprise. Le film n’a d’ailleurs pas vraiment rencontré son public au Japon également, le film étant sorti le 20 juin dernier sur l’Archipel. Le côté débridé du métrage, c’est à dire un curieux mélange de yakuzas, de scènes d’action et de vampires devrait cependant satisfaire les aficionados du cinéma décomplexé du cinéaste. Mamoru Oshii, lui, donne dans le film de vengeance avec Nowhere girl (Tôkyô mukokuseki shôjo), l’histoire d’une étudiante en école d’art qui, parce qu’elle est abusée par les adultes de son entourage et parce que ses camarades d’université la jalouse, va décider de rendre coups pour coups jusqu’au déluge de violence. Un film âpre sur la société japonaise aveugle à propos de l’ostracisme dont souffrent certains.Le film sortira au Japon le 25 juillet prochain.

Nowhere girl (2015, Mamoru Oshii) affiche japonaise

En marge des sélections principales seront également projetés The kingdom of dreams and darkness (Yume to kyôki no ôkoku, 2013) de Mami Sunada dans la section Histoire du genre et Le couvent de la bête sacrée (Seijû gakuen, 1974), film culte de Norifumi Suzuki programmé ici dans la section Guilty pleasures! Le premier tranche avec sa description presque clinique de l’organisation du travail dans les studios Ghibli à l’heure où Le vent se lève (Kaze tachinu, 2013, Hayao Miyazaki) et Le conte de la princesse Kaguya (Kaguyahime no monogatari, 2013, Isao Takahata) sont conjointement en production là où le second se laisse aller à des débordements érotiques impliquant des nonnes lubriques, plus sadiques et masochistes les unes que les autres. Un monument du film d’exploitation des années soixante-dix qu’il faut avoir vu tellement le sujet est mis en scène avec un souci formel indéniable. L’un des fleurons du genre. Enfin dans la section New shorts from Asia, la programmation d’un seul court-métrage japonais, Himiko the godslayer vs. the legion of Azure dragons (2015) réalisé par Hikaru Tsukuda, un court-métrage parodique réalisé avec des bouts de ficelles dans une forêt lamba. Une programmation nippone cette année éclectique qui devrait satisfaire les plus chanceux qui pourront s’y rendre.

Le couvent de la bête sacrée (1974, Norifumi Suzuki) affiche japonaise

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