Osaka Asian Film Festival du 04 mars au 13 mars 2016

Il y a quelques jours s’est tenu le Osaka Asian Film Festival, l’un des plus prestigieux festivals cinématographiques du Japon. Ce festival, qui a déroulé sa onzième édition du 04 au 13 mars dernier, est exclusivement consacré aux films asiatiques, au sens large du terme traversant la filmographie de pays tels que Taiwan, Hongkong, Singapour, la Corée du sud, l’Iran, la Chine, l’Indonésie, le Cambodge, le Vietnam, les Philippines, la Mongolie, la Thaïlande, la Malaisie et bien sûr le Japon. Le Vietnam, Hongkong et Taiwan seront particulièrement mis à l’honneur cette année avec une sélection notables de films nationaux produits ces deux dernières années. Les films japonais tiennent la tête de pont de ce festival avec quinze longs-métrages sélectionnés cette année ainsi que trois courts-métrages, le tout répartie en différentes sections.

Osaka Asian Film Festival 2016 afficheEn compétition nous retrouvons un seul film japonais, Tsumugu (Tsumugu mono, 2016) réalisé par Kazutoshi Inudo, dont c’est le troisième film après Coming out (Kaminguauto, 2014) et 4 sisters of the Saotome (Saotome 4 shimai, 2015). Tsumugu confronte un vieil homme veuf, fabriquant de papier traditionnel, et une jeune femme d’origine coréenne embauchée pour prendre soin du vieux monsieur malheureusement touché par une tumeur au cerveau. Ce dernier tombe parfois inconscient et une aide personnalisée devient nécessaire, ce qui n’abonde pas dans le sens de son caractère, au combien renfermé et colérique. Tout les sépare et pourtant, Yona, la jeune coréenne, va tout faire pour permettre au vieil homme de se remettre des conséquences d’une attaque. Le film est sorti le 19 mars dernier sur les écrans japonais et est distribué par Magic Hour.

Tsumugu (2016, Kazutoshi Inudo) affiche japonaiseTsumugu (2016, Kazutoshi Inudo) affiche japonaise

La section la plus importante du festival est celle des films indépendants, le cœur de la programmation du festival. Huit longs-métrages japonais y sont sélectionnés, des films pas encore distribués au Japon. Le premier, Hakodate coffee (2016) est réalisé par Hiroshi Nishio. L’histoire d’un propriétaire d’appartement qui loue ses chambres à bas prix pour aider les jeunes artistes à s’installer à Hakodate. L’un est un artisan verrier, le second un fabricant de peluches, le troisième enfin un tout jeune photographe, tous trois partagent des moments quotidiens autour d’une bonne tasse de café. Un jour un nouveau résident s’installe, introverti et reclus dans son travail. Mais le parfum du café chaud va peu à peu avoir raison de son isolation dans l’appartement. Le second film, Kenji-kun no haru (2015) marque les débuts en tant que cinéaste de l’actrice Aki Morita. L’histoire d’un séducteur qui a pris l’habitude de vivre aux crochets de ses conquêtes qui le poursuivent toujours plus nombreuses pour réclamer le paiement des dettes qui s’accumulent. En échappant continuellement à ses créancières le jeune homme tombe par hasard sur une étudiante. Celle-ci sera-t-elle sa prochaine victime?

Hakodate coffee (2016, Hiroshi Nishio) affiche japonaiseHakodate coffee (2016, Hiroshi Nishio) affiche japonaise

Furent également projetés My technicolor girl (Yume no onna yume no hito, 2015) de Rei Sakamoto et To see mother (Tsubaki, haha ni ai ni, 2016) de Shinichi Takagi. Le film de Sakamoto, qui sortira au Japon le 09 avril prochain, conte le destin de Nagano, un vieux monsieur qui a passé près de quarante années dans un hôpital psychiatrique à Fukushima. Alors que le tremblement de terre puis la catastrophe nucléaire du 11 mars provoquent une évacuation des habitants mal gérée, Nagano se retrouve à l’extérieur du bâtiment qu’il n’avait jamais quitté jusqu’alors. Ses premières pensées vont à celle qu’il aima jadis. Il se met alors en tête de la retrouver et se dirige vers Tôkyô avec pour seul véhicule un vélo. To see mother se penche sur une femme trentenaire questionnant ses choix de vie alors que sa relation avec son petit ami semble au point mort et que son travail ne lui procure plus aucun plaisir. Evitant constamment sa mère pour ne pas avoir à rendre des comptes sur son quotidien morne, la jeune femme finit par rencontrer un individu qui pourrait la sortir de cet ennui qui guette à chaque instant.

My technicolor girl (2015, Rei Sakamoto) affiche japonaiseMy technicolor girl (2015, Rei Sakamoto) affiche japonaise

A light in the distance (Ano dentô, 2014) de Keiko Tsuruoka prend pour cadre une ville entièrement vidée de ses habitants en prévision d’un tsunami destructeur. A son réveil Mado, une jeune lycéenne, tombe sur l’un ses camarades de cours, Fujii. Les deux adolescents pensent avoir été oubliés lors de l’évacuation. Alors qu’ils recherchent d’autres personnes abandonnées dans les parages, des souvenirs traumatiques refont surface. Mais reste t-il seulement quiconque à contacter? Leurs pérégrinations vers l’inconnu commence. Mad tiger (Maddo taigâ, 2015) de Jonathan Yi et Michael Haertlein, une co-production américano-japonaise, est un documentaire sur le groupe punk Peelander-Z, un groupe détonant aux accoutrement mélangeant les styles sentai, kimono ou encore accessoires semblant issus de l’univers Playmobil. Un joyeux bazar visuel et sonore pour ce groupe de musiciens japonais ayant formé leur groupe à New York en 1998. Le documentaire suit la tournée 2013, une tournée où l’amitié entre Peelander Yellow et Peelander Green est mise à rude épreuve à l’annonce du départ de ce dernier.

Mad tiger (2015, Jonathan Yi et Michael Haertlein) affiche internationaleMad tiger (2015, Jonathan Yi et Michael Haertein) affiche internationale

Les deux derniers longs-métrages de la sélection indépendante complètent ce paysage du cinéma japonais contemporain: 5 to 9 (Faibu to nainu, 2015) un film omnibus réalisé par Tay Bee Pin, Daisuke Miyazaki, Vincent Du et Rasiguet Sookkarn, chaque réalisateur ayant réalisé sa partie dans son pays d’origine (Singapour/Japon/Chine/Thaïlande) pour construire le film tel un voyage en Asie à l’orée du match de la coupe du monde de football entre le Brésil et l’Allemagne en 2014, chaque histoire prenant place entre 17h et 21h. On our shoulders (Tomo ni katsugeba, 2015) de Keiko Tsuruoka , son second film sélectionné ici donc, sur la rivalité entre deux hommes vivant dans un petit village de campagne. Une rivalité née depuis qu’ils sont enfants et qui se prolongent à l’âge adulte, opposant leur famille respective. Les deux hommes pourtant font le même métier, ils travaillent le métal à la manière artisanale. Quand les fêtes d’été sont menacées, c’est tout le village sui se tournent vers eux pour qu’ils travaillent de concert, main dans la main, afin d’apporter des solutions. C’est sans compter sur leurs caractères opposés et leur ego respectif.

5 to 9 (205, collectif) affiche internationale5 to 9 (2015, Tay Bee Pin, Daisuke Miyazaki, Vincent Du et Rasiguet Rookkarn) affiche internationale

On our shoulders (2015, Keiko Tsuruoka) affiche japonaiseOn our shoulders (2015, Keiko Tsuruoka) affiche japonaise

Trois courts-métrages japonais seront aussi projetés dans le cadre des films indépendants: Kisarazu (2016) de Toshimichi Saito, Rumah (Ruma, 2015) du cinéaste indonésien Yosep Anggi Nohen et enfin Somewhere in my memory (2015) de Keihiro Kanyama. Le premier traite d’un fait divers d’exploitation de main d’œuvre illégale dans un élevage de cochon. Le propriétaire de la ferme harcèle et menace une salariée chinoise qui subit aussi bien les conditions de travail inacceptables que les assauts pervers de son patron. Un court-métrage choc sur les réalités sociales actuelles du Japon dans ces cas les plus extrêmes. Rumah est davantage poétique, à travers le voyage d’une jeune femme japonaise sur l’île d’Okinawa, un voyage qui l’amène de retour chez les siens:, notamment son père à qui elle n’a pas parlé depuis des années. Enfin Somewhere in my memory, l’histoire là aussi d’une femme qui, après avoir travaillé des années à la capitale, s’en revient vers ses parents et amis d’école. Une étape difficile pour elle car elle doit leur annoncer qu’elle est désormais divorcée.

A light in the distance (2014, Keiko Tsuruoka) affiche japonaiseA light in the distance (2014, Keiko Tsuruota) affiche japonaise

Trois films nippons sont l’objet d’une sélection particulière, la « CO2 grand-recipient film », des films qui bénéficient du soutien et des infrastructures du collectif cinématographique CO2, basé à Osaka: Eriko, pretended (Mie wo haru, 2016) d’Akiyo Fujimura, I am a weapon (Watashi wa heiki, 2016) d’Akihiro Mima et The man who was eaten (Taberareru otoko, 2016) de Keisuke Kondo. Eriko, pretended relate l’histoire d’Eriko, une jeune femme qui tente de percer en tant qu’actrice à Tôkyô. Alors que ses auditions ne donnent rien, la mort de sa sœur aînée l’oblige à repartir dans son village natal où l’attendent ses proches en désaccord avec ses choix professionnels. Une autre décision va choquer sa famille, celle de s’occuper du jeune fils de sa défunte sœur. I am a weapon lorgne davantage vers le thriller psychologique en plongeant son personnage principal, Moto, fils d’un homme violent et lui-même sujet à des crises de violence, dans une relation problématique avec son nouvel élève des cours de piano. Un élève qui semble souffrir des même excès de violence. The man who was eaten prend lui le parti de la science-fiction où les êtres humains sont devenus le bétail d’une race extra-terrestre ayant envahie la planète. Chaque enfant est donc éduqué pour comprendre quel honneur échoit à celle ou celui qui finit dévoré par ces maîtres venus d’ailleurs. Murata est un jeune looser sans prétention, pourtant quand il apprend qu’il est finalement choisi pour être mangé, l’occasion lui est offerte de passer une semaine dorée comme il n’en a jamais passée de sa vie. Ces quelques jours de bonheur vont cependant éveiller chez lui un semblant d’esprit critique.

Eriko, pretended (2016, Akiyo Fujimura) affiche japonaiseEriko, pretended (2016, Akiyo Fujimura) affiche japonaise

I am a weapon (2016, Akihiro Mima) affiche japonaiseI am a weapon (2016, Akihiro Mima) affiche japonaise

Deux séances spéciales ont également eu lieu, la première celle de Artist of fasting (Danjiki geinin, aussi connu sous le titre international A hunger artist), le tout nouveau film de Masao Adachi, sorti sur les écrans nippons le 27 février dernier. Cette co-production entre le Japon et la Corée du sud est l’adaptation cinématographique d’une nouvelle de Franz Kafka, Un artiste de la faim, publiée originellement en 1922. Le cinéaste en change bien sûr la localisation et le contexte en plaçant ici son personnage, un homme mutique, qui finit par s’asseoir au milieu de la chaussée d’une rue marchande de Tôkyô. Un jeune homme, curieux, finit par lui adresser vainement la parole. Une photo de l’homme silencieux sur les réseaux sociaux va vite engendrer une situation folle. Des religieux voudront l’enrôler dans leur secte, des psychiatres voudront l’enfermer, des artistes voudront s’en inspirer, etc. Chacun voit dans cet homme étrange un miroir par lequel revendiquer ses propres idées sur la société. La seconde, celle de Chanbara: the art of japanese swordplay (Jidaigeki wa shinazu: chanbara bigakukô, 2015) de Sadao Nakajima. Un documentaire qui retrace le travail de chorégraphie des combats dans le cinéma jidaigeki, principalement tourné à Kyôtô. Et qui mieux que le vétéran Sadao Nakajima pour expliquer les ressorts cinématographiques et la manière de faire en coulisse? Lui qui a passé l’essentielle de sa carrière aux studios Tôei où il tourna plus d’une soixantaine de films de genre jidaigeki et yakuza-eiga.

A hunger artist (2016, Masao Adachi) affiche japonaiseArtist of fasting (2015, Masao Adachi) affiche japonaise

Le festival fut clôturé cette année par un film japonais (le film d’ouverture était taïwanais) avec The Mohican comes home (Mohikan kokyo ni kaeru, 2016) de Shûichi Okita, déjà connu pour avoir réalisé The woodsman and the rain (Kitsutsuki to ame, 2011), The story of Yonosuke (Yokomichi Yonosuke, 2013) et dernièrement Ecotherapy getaway holiday (Taki wo mini iku, 2014). Le film raconte le retour du petit prodige dans sa ville natale. Eikichi a en effet quitté Hiroshima pour rechercher les lumières de la célébrité à Tokyo en devenant chanteur d’un groupe de death-metal. Mais la renommée se faisant attendre, le jeune homme est contraint de revenir vers les siens avec cependant une nouvelle dévastatrice: sa petite-amie est enceinte! Cette situation agace et émerveille les parents du prodige qui n’en est pas un, à la fois déçus par le comportement irresponsable de leur fils mais aussi aux anges à l’idée de devenir grands-parents. C’est sans compter sur un événement tragique, le futur grand-père tombe inconscient. Son pronostique vital est engagé… Toute la famille se sert les coudes pour prendre soin du malade. L’édition 2016 du festival est donc riche en films japonais dont certains connaîtront certainement une carrière dans d’autres festivals ici ou là. Le Osaka Asian Film Festival est un événement prestigieux qui permet de repérer quelques films importants avant leur sortie sur les écrans au Japon. Le festival s’étant terminé il y a quelques jours, seul le court-métrage Somewhere in my memory de Keihiro Kanyama reçu le Japan Cuts award. Maigre résultat côté japonais donc.

The Mohican comes home (2016, Shûichi Okita) affiche japonaiseThe Mohican comes home (2016, Shûichi Okita) affiche japonaise

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