Rape zombie – Lust of the dead (Reipu zonbi – lust of the dead, 2012, Naoyuki Tomomatsu)

Une étrange épidémie frappe le monde entier, des hommes se mettent à violer en groupe les femmes qu’ils rencontrent. A Tokyo le mal s’étend à toute vitesse au point de mettre le gouvernement dans l’embarras et la perplexité. Les hommes, surnommés les toxic men, tuent leurs victimes avec leur semence agissant tels des zombies sans autre instinct bestial que le viol. Au milieu de ce chaos lubrique, une infirmière, Nozomi (Alice Ozawa), va venir en aide à une employée de bureau, Momoko (Saya Kobayashi), victime survivante de son possédé de patron. En fuyant la ville envahit par les morts-vivants lubriques, les deux jeunes femmes trouvent refuge dans un sanctuaire shintô, déjà occupé par deux autres femmes, Kanae (Asami), une mère au foyer et Tomoe (Yui Aikawa), une lycéenne. Les quatre rescapées vont devoir se serrer les coudes afin de faire face aux hordes de mâles en rut avant de s’apercevoir que Momoko est enceinte. Celle-ci prétend pourtant que son rejeton est en fait le fruit de son union avec Nozomi…

Rape zombie – Lust of the dead (2012, Naoyuki Tomomatsu) affiche japonaise

Que dire devant un tel film? Au-delà d’un scénario douteux qui aime à mêler érotisme primaire et effets gore cheaps, Rape zombie – Lust of the dead n’est qu’un rejeton parmi d’autres de toute une série de films frôlant le néant artistique. Pas un seul plan correct, pas un seul dialogue qui évite l’absurde, pas un seul comédien qui ne sort son épingle du jeu. Tout est à jeter dans ce film, de la photographie au montage, du scénario aux effets spéciaux, de la mise en scène à l’interprétation. Pourquoi un tel désastre dans un pays où les projets cinématographiques sont de plus en plus difficile à financer? Les moyens quasi-absents de cette production révèlent toute la cupidité d’un système qui, naguère il est vrai, s’en était déjà entiché de l’érotisme pour sauver à faible coût ses infrastructures mais avec une différence de taille tout de même. Au début des années soixante-dix, quand des studios aussi renommés que la Nikkatsu et la Tôei exploitaient les chaires mises à nue de leurs actrices fétiches, c’était avec un certain style, un certain savoir-faire. Ici le spectateur fait face à une production indépendante qui n’a que faire du minimum syndical, tout est alors prétexte à exposer les seins et les fesses des héroïnes pour mieux les arroser de sang.

Naoyuki Tomomatsu, le réalisateur, n’en est pas à son coup d’essai. Ces derniers temps il enchaîne les tournages à un rythme effréné de quatre à six films chaque année, de quoi nous laisser dubitatifs sur la qualité de ces productions. Que l’on pioche au hasard avec des titres tels que Stacy: attack of the school girl zombies (2001), Zombie self defense force (Zonbi jieitai, 2006) ou encore Vampire girl vs. Frankenstein girl (Kyûketsu shôjô tai shôjô furanken, 2009, co-réalisé avec Yoshihiro Nishimura et disponible en France en vidéo), l’on comprend vite que le bonhomme a dédié sa carrière à un cinéma bis de très mauvaise qualité dont il n’a cure pourvu qu’il puisse tourner. Certains ne verront dans Rape zombie – Lust of the dead qu’un spectacle de mauvais goût quand d’autres y décèleront quelques traces de fantasmes nauséabonds, fantasmes sexuels de toute puissance masculine mais aussi fantasme politique et religieux de toute une nation qui suivra son sauveur. Car oui, même sans moyens (techniques et artistiques), Naoyuki Tomomatsu aborde tout de même l’immaculé conception et le folklore de la déesse du soleil Amaterasu où comment marier à peu de frais des éléments chrétiens aux mythes shintoïstes!

L’utilisation en nombre d’actrices issues des AV (Adult Video, films érotiques produits à la chaîne pour des sorties directement en vidéo) est l’une des marques de fabrique de tels longs-métrages. Aux productions plus conséquentes sont réservées les idols, ces femmes-enfants à la fois chanteuses-actrices-modèles, aux productions bas de gamme les actrices qui n’ont pas peur d’en révéler un peu plus que nécessaire dans des costumes frôlant l’indécence pour exciter les geeks et les otakus, touours plus nombreux au pays du soleil levant à vénérer ce type d’oeuvre. Alice Ozawa, Saya Kobayashi, Asami et Yui Aikawa sont donc ici les quatre femmes rebelles qui vont donner de leur personne pour émasculer les hommes. Le film fait mine de dénoncer la violence d’un monde patriarcal pour mieux faire état de son voyeurisme, le tout en convoquant les fantasmes masculins les plus éculés. Le zombie qui se cache éventuellement derrière chacun d’entre nous n’est pas seulement celui qui se laisse aller à des actes de violence envers autrui, il est aussi celui qui reste assis derrière son écran a ingurgiter à outrance des films sans saveur.

Par David A.

RAPE ZOMBIE – LUST OF THE DEAD
(Reipu zonbi – lust of the dead)
Un film de Naoyuki Tomomatsu
Scénario: Jirô Ishikawa et Naoyuki Tomomatsu
Directeur de la photographie: Takehiko Tamiya
Montage: Emi Nishimura
Production: Keijirô Hara, Masaru Ikeda, Masahiro Mikami et Takashi Shiotsuki
Compagnie de production: Gensô Haikyû-sha Ltd., Laughter, New Select et Outside

Avec Rina Aikawa, Yui Aikawa, Kazuyoshi Akishima, Asami, Norman England, Hiroshi Fujita, Fukuten, Haruna, Yukihiro Haruzono, Hiroshi Hatakeyama, Yuria Hidaka, Ryôichi Inaba, Hideo Jôjô, Hidetoshi Kageyama, Amu Kamika, Hiroyuki Kaneko, Saya Kobayashi, Riri Kôda, Takeshi Nakazawa, Masaki Nishimura, Alice Ozawa, Tomoaki Sandan, Yôko Satomi, Sayaka Sudô, Shingo Takasugi, Yûya Takayama, Masahiro Taniguchi, Atsushi Tsuda, Kazurô Tsuji, Shungiku Uchida, Miho Wakabayashi, Kaoru Yamashima, Natsuki Yonemoto

Genre: horreur, érotisme, fantastique
Durée: 1h13
Pays: Japon
Année: 2012
Date de sortie japonaise: 26 février 2012
Date de sortie française: aucune sortie française

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