Revue de presse : Positif n°652 (juin 2015)

Nous inaugurons aujourd’hui une nouvelle rubrique, nommée « revue de presse », qui reviendra régulièrement sur les articles concernant le cinéma japonais dans la presse écrite, le plus souvent spécialisée dans le cinéma mais pas seulement. Nous commençons ainsi cette rubrique avec la revue Positif n°652 datée de juin 2015. Deux critiques de films pour commencer, certes non pas des films japonais à proprement parler mais deux films que nous évoquions ici-même, à savoir Cendres de Mélanie Pavy et Idrissa Guiro et Parole de kamikaze de Masa Sawada. Ainsi pour le premier film Ariane Allard souligne que les deux réalisateurs plongent « dans l’intime sans jamais donner une impression de voyeurisme ni même de mise en scène », que le sujet, une fille qui ramène les cendres de sa mère japonaise ayant vécu essentiellement en France, fait l’objet d’une « manière douce », et que la « texture mixte du film » fait tout l’intérêt de ce documentaire. Hubert Niogret est plus pragmatique vis-à-vis du second. Il offre une critique sobre mais conciliante autour d’un sujet, les confessions d’un soldat japonais de la guerre du Pacifique, qui risque fort de n’intéresser personne ou si peu. Le critique salue certes que le cinéaste évite « toute complaisance, toute exploitation du sujet » mais ne rentre guère dans les véritables enjeux du film, ceux d’un entretien filmé quasi exclusivement de face sans aucune image d’archives. Hubert Niogret évoque les silences laissés tel quel, mais choisit de ne pas mettre en perspective la forme austère du film, une forme qui se confronte avec un vécu qui, par essence, échappe au spectateur.

Autre notule, la plus dispensable, est celle de Jean-Loup Bourget qui revient sur la sortie DVD/Blu-ray du film d’Akira Kurosawa, Les sept samouraïs (Shichinin no samurai, 1954). Il l’indique lui-même, inutile de revenir sur le film lui-même, le chroniqueur préfère s’attarder sur l’un des bonus offert en complément, le film réalisé par Catherine Cadou, collaboratrice privilégiée d’Akira Kurosawa. Celle-ci offre ainsi à onze cinéastes du monde entier la possibilité de témoigner de l’influence du maître sur leur propre cinéma. Catherine Cadou fut celle par qui les films de Kurosawa furent traduits, sous-titrés et/ou doublés. Etrange absence de son propre travail, elle fut pourtant l’une des premières à se frotter à la difficulté de la traduction, non pas littéraire, mais cinématographique. Enfin, le texte certainement le plus intéressant, « Renouer avec le bonheur – trois films de Mizoguchi » écrit par Eithne O’Neill. Trois pages pendant lesquelles la chroniqueuse revient sur les trois derniers films de Kenji Mizoguchi, peut-être le cinéaste japonais le plus délaissé ces dernières années, L’intendant Sansho (Sanshô dayû, 1954), L’impératrice Yang Kwei-fei (Yôkihi, 1955) et La rue de la honte (Akasen chitai, 1956). Le cinéaste, s’il a presque toujours placé la figure féminine au centre de son cinéma, fait ici un triplet des plus pessimistes. « La femme est un jouet, une fabrication, sans mémoire ni âme » nous-dit O’Neill. Non pas que Mizoguchi partage ce triste constat mais bel et bien que ce constat est au cœur de sa dramaturgie. Si chez lui la femme est une icône, cette idéalisation mène à la cruauté des hommes. Les trois films, repris il y peu dans quelques cinémas parisiens sous l’égide de Films sans frontières, sous tous trois également disponibles en DVD.

L’intendant Sancho (1954, Kenji Mizoguchi) affiche américaine

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