Sakuran (2006, Mika Ninagawa)

A Edo le quartier des plaisirs de Yoshiwara est perpétuellement en effervescence. Les fameuses oiran, les courtisanes de haut rang parmi les geishas, rivalisent pour conserver leurs privilèges. Kiyoha, une jeune fille turbulente et révoltée, est vendue à une maison close pour y devenir une futur grande oiran. Malgré son caractère entêté et vindicatif, la jeune courtisane devra faire sa place dans ce monde versatile et éphémère tout dévoué à la satisfaction des clients et la recherche de la renommée. Son impertinence et son insubordination deviendront vite sa marque de fabrique au point de faire de l’ombre aux grandes geishas déjà en place.

Sakuran (2006, Mika Ninagawa) affiche française

Sakuran (2006, Mika Ninagawa) affiche française

Adaptation du manga éponyme de Moyoco Anno et première réalisation de Mika Ninagawa, artiste photographe de son état, Sakuran rappelle par quelques aspects le film américain Mémoires d’une geisha (Memoirs of a geisha, 2005, Rob Marshall), celle de la destinée d’une enfant vendue par ses parents au milieu interlope du quartier des plaisirs afin d’y être instruite à l’art de la séduction. Mais attention le monde des geishas n’est pas le monde des courtisanes, même si les hiérarchies respectives y sont similaires. Si Zhang Ziyi apprend les arts de la danse, du shamisen et du bon mot, le personnage interprété par Anna Tsuchiya ne s’attarde pas à ses futilités. Faire patienter, séduire et soutirer de l’argent sont les priorités des courtisanes qui désirent s’affranchir.

Sakuran (2006, Mika Ninagawa) photo 1

Sakuran (2006, Mika Ninagawa) photo 2

Anna Tsuchiya incarne donc la petite rebelle Kiyoha qui n’a pas sa langue dans sa poche et joue des poings à la moindre insulte de ses pairs. La voix grave et les yeux furieux de l’actrice, que l’on a eu le plaisir d’entrevoir dans le film Kamikaze girls (Shimotsuma monogatari Yanki-chan to Rorita-chan) de Tetsuya Nakashima en 2004 où elle interprétait le rôle d’un biker survolté, est ici encore un ravissement à mi-chemin entre délire et comédie. Nonchalance et effronterie lui vont comme un gant et son aisance naturelle nous rappelle qu’elle est aussi au Japon une chanteuse adulée de J-pop. Plastiquement éloigné de la réalité, le film respecte le ton ultra-coloré de la bande-dessinée dont il est l’adaptation. Florilège de détails et de motifs autour de l’univers des fleurs, des poissons et des oiseaux, le luxe clinquant abonde et déborde dans chaque image. La musique est l’autre grande surprise du film dont le ton décalé exploite à l’envie les univers des soirées cabaret. La bande-son éclectique ratisse large, entre les notes jazzy d’instruments de cuivres jusqu’aux explosions de timbres rock d’une guitare électrique, Mika Ninagawa n’a pas peur de mélanger les genres.

Sakuran (2006, Mika Ninagawa) photo 3

Sakuran (2006, Mika Ninagawa) photo 4

Le film joue de la surcharge pour mieux appuyé son propos d’un portrait du monde flottant, celui d’une micro-société frivole vivant en lieu clos et peu soucieuse de respectabilité, sinon celle d’une hiérarchie stricte et sévère. Dans ce monde sclérosé et machiste, le désir de liberté de Kiyoha n’a forcément pas sa place et à coups de bâton répétés elle en fera la triste expérience. Si quelques scènes de punition lorgnant sur les femmes ligotées parsèment le film en lui conférant presque des allures érotiques, paravents et autres éléments de décors viennent heureusement s’interposer aux regards trop appuyés. Les amateurs apprécieront. Sans complexes et sans ambages, Sakuran explore le monde de la beauté inextricablement lié à celui de la cruauté. Cruauté du devenir des corps des femmes entre beauté et souffrances. Les magnifiques courbes féminines ne cachent pas ici la détresse des âmes, le sang et les larmes coulent en coulisses pendant que les corps subtilement habillés et maquillés s’exhibent dans les vitrines des maisons closes. Le film parle avec éclat d’un monde inévitablement terne et pessimiste où le malheur des femmes n’empêche pas leur commerce.

Par David A.

Sakuran (2006, Mika Ninagawa) affiche japonaise

Sakuran (2006, Mika Ninagawa) affiche japonaise

SAKURAN
Un film de Mika Minagawa
Scénario: Yuki Tanada d’après le manga de Moyoco Anno
Directeur de la photographie: Takuro Ishizaka
Montage: Hiroaki Morishita
Musique: Ringo Shiina
Production: Yoshinori Fujita, Chikako Nakabayashi, Tamotsu Shiina, Masayuki Tanishima, Masao Teshima et Mitsuru Uda
Compagnies de production: Asahi Brodcasting Corporation (ABC), Asmik Ace Entertainment, Cinema Investment, Fellah Pictures, Kôdansha, NMNL, Nagoya Brodcasting Network (NBN), Parco Co., TV Asahi, Tower Records, Wowow
Compagnie de distribution: Asmik Ace Entertainement

Avec Anna Tsuchiya, Kippei Shiina, Hiroki Narimiya, Yoshino Kimura, Miho Kanno, Masatoshi Nagase

Genre: comédie dramatique
Durée: 1h51
Pays: Japon
Année: 2007
Date de sortie japonaise: 24 février 2007
Date de sortie française: 20 août 2008
Distribution française: Eurozoom
Editeur DVD: Kaze
Date de sortie DVD: 25 février 2009

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