Shintôhô: un vent nouveau – Rétrospective à la MCJP du 22 au 26 mars 2016 (1ère partie)

La Maison de la culture du Japon à Paris (MCJP) entame aujourd’hui et ce jusqu’en septembre prochain une vaste rétrospective, une cinquantaine de titres, des films produits par les studios Shintôhô et dont la première partie se déroule cette semaine jusqu’au 26 mars. Neuf films sont ainsi programmés pour découvrir l’histoire de ce studio fondé en 1947. En effet à partir de mars 1946, plusieurs grèves vont éclater au sein de la compagnie Tôhô. Après plus d’une décennie passée sous le contrôle et la censure du gouvernement militariste japonais, l’occupant américain va ouvrir les vannes de la libre pensée et de la libre expression, permettant aux militants communistes ou pro-communistes de sortir de l’ombre. De nombreux cinéastes, acteurs et techniciens de la Tôhô appartiennent à ces cercles et vont en quelques mois imposer leur main mise sur la production, réalisant de plus en plus de films dits prolétariens, au point de générer de vives tensions avec les cadres de la direction et certaines personnalités plus neutres notamment parmi les acteurs. Certains d’entre eux décideront tout simplement de quitter le studio tels que Denjirô Okôchi, Setsuko Hara, Hideko Takamine ou des cinéastes comme Kunio Watanabe et Yutaka Abe. Que ce soient pour divergences politiques ou tout simplement pour des considérations artistiques, la Tôhô se retrouve soudain vidée d’une grande partie de ses talents reconnus.

Shintôhô logoNée de cette scission avec les studios Tôhô, la Shintôhô (littéralement « la nouvelle Tôhô ») doit composer avec des moyens modestes et une concurrence désavantageuse face aux grands studios d’alors, la Nikkatsu, la Daiei, la Shôchiku et la Tôhô, dans une moindre mesure car sévèrement touchée par ces grèves à répétition et le départ de certaines de ces vedettes les plus charismatiques. La Tôei viendra brouiller davantage cette situation avec sa création en 1951. Pourtant la Shintôhô va très vite sortir son épingle du jeu. Moins conservatrice, moins rigide que ces consoeurs en terme de hiérarchie et d’habitudes de tournage, le studio va produire près de 800 films entre 1947 et sa faillite en 1961. Une existence courte mais productive qui va commencer sous les meilleures auspices avec des films réalisés par de grands noms du cinéma japonais tels que Yasujirô Ozu, Kenji Mizoguchi, Hiroshi Shimizu, Mikio Naruse ou encore Heinosuke Gosho. Akira Kurosawa, alors en pleine ascension, rejoindra les rangs le temps d’un film, Chien enragé (Nora inu), en 1949. Yutaka Abe, l’un des scissionnistes, donnera quand à lui libre cours à ses excès nationalistes, dès le départ de l’occupant américain, dans des films de guerre tels que I was a siberian POW (Watashi wa shiberiya POW, 1952), Battleship Yamato (Senkan Yamato, 1953) ou encore Japan undefeated (Nihon yaburezu, 1954), glorifiant les actes militaires du régime défunt.

Tokyo folies (1949, Kôji Shima) affiche japonaiseTokyo folies (1949, Kôji Shima) affiche japonaise

En parallèle de quelques réalisations de cinéastes de renom bénéficiant d’un budget plus confortable va se développer à partir du milieu des années cinquante au sein du studio une nouvelle donne du cinéma d’exploitation. Des cinéastes tels que Teruo Ishii et Nobuo Nakagawa vont s’imposer sur les écrans avec des films de genre très rentables, tournés avec peu de moyens et en quelques jours. Le premier dans le cadre de la science-fiction, six films Super giant réalisés en une seule année en 1957, puis du polar, la série des Line avec trois opus tournés en quelques mois en 1960, le second avec ses films de fantômes adaptés du répertoire du kabuki tels que Ghost of Kasane (Kaidan Kasanegafuchi, 1957), Mansion of the ghost cat (Bôrei kaibyô yashiki, 1958) ou encore Histoire de fantômes japonais (Tôkaidô Yotsuya kaidan, 1959). Pour survivre et faire face aux nombreux films produits chaque années par ses concurrentes, la Shintôhô va facilement verser dans les films à la violence exacerbée et à la nudité de plus en plus affichée, recherchant par tous les moyens l’affection des spectateurs. Une attitude qui malheureusement va conduire et réduire les films de la firme de plus en plus dans le carcan des séries B voir des séries Z. Une politique qui se révélera malheureuse à long terme, le studio étant incapable in fine de concurrencer, par la qualité, les longs-métrages soignés des studios rivaux. Depuis cette époque le patrimoine de la Shintôhô a longtemps souffert de cette image de marque de films d’exploitation de seconde catégorie, une situation que cette rétrospective nous permettra sans doute de reconsidérer.

Les quatre cheminées (1953, Heinosuke Gosho) photoLes quatre cheminées (1953, Heinosuke Gosho)

Liste des films projetés:

Tokyo folies (Ginza kankan musume, 1949, Kôji Shima)
Le destin de Madame Yuki (Yuki fujin ezu, 1950, Kenji Mizoguchi)
Les soeurs Munekata (Munekata kyôdai, 1950, Yasujirô Ozu)
Quatre sœurs/Bruine de neige (Sasameyuki, 1950, Yutaka Abe)
Les lumières de Tokyo (Ginza geshô, 1951, Mikio Naruse)
Assassin présumé (Satsujin yôgisha, 1952, Hideo Suzuki et Hiroshi Funabashi)
Les quatre cheminées (Entotsu no mieru basho, 1953, Heinosuke Gosho)
L’école Shiinomi (Shiinomi gakuen, 1955, Hiroshi Shimizu)
Le bar du crépuscule (Tasogare sakaba, 1955, Tomu Uchida)

Le programme complet ici.

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