Sorties cinéma au Japon : semaine du 22 au 28 février 2016

Douze films au programme cette semaine et non des moindres avec notamment le dernier film de Wayne Wang avec Beat Takeshi dans le rôle titre, When the women are sleeping, et le dernier long-métrage de Masao Adachi, A hunger artist, qui n’avait rien réalisé depuis 2007. Deux films centrés sur deux champions de boxe à la trajectoire fort différente permet d’atteindre le quota hebdomadaire de documentaires tandis que l’animation fait une courte apparition avec une franchise inconnue en France, celle de Detective Opera Milky Holmes. Du côté des bonnes surprises il faut également noter The shell collector de Yoshifumi Tsubota alors que les films négligeables pullulent tout de même cette semaine entre Chinyûki et autre 101 kaime no beddo in sans queue ni tête. Le cinéma japonais fait souvent dans la quantité, rarement dans la qualité, ce qu’illustre fort bien cette semaine peu exaltante.

101 kaime no beddo in (2016, Salmon Sakeyama ) affiche japonaise

101 kaime no beddo in (2016, Salmon Sakeyama) affiche japonaise

Samedi 27 février:

101 kaime no beddo in (2016, Salmon Sakeyama)
Deux femmes dans leur quarantaine décident de se lancer dans la production cheap de vidéos d’entertainment. Bien décidées à se faire une place dans ce milieux éminemment misogyne, les deux quadragénaires n’hésitent pas à ruser et à abuser de leurs atouts pour concrétiser leurs projets. Les mâles n’ont qu’à bien se tenir! Le film frôle visiblement l’amateurisme le plus total, tant au niveau de la mise en scène que de l’interprétation. Sans parler de ce sous-titre « demande en lit pour la 101ème fois », en français dans le texte, qui insinuerait que les personnages du film (les mâles en question peut-être?) cherchent à coucher absolument. Au-delà de la faute de syntaxe, il s’agirait bien ici d’une simple incompréhension. Le cinéma japonais engendre parfois (souvent?) ce type d’ovni cinématographique qui n’a bien sûr pas grande chance de ressortir du lot.

A hunger artist (2016, Masao Adachi) affiche japonaise

A hunger artist (2016, Masao Adachi) affiche japonaise

A hunger artist (Danjiki geinin, 2016, Masao Adachi)
Le nouveau film de Masao Adachi, fameux compagnon de route de Kôji Wakamatsu, est, de manière très surprenante, l’adaptation cinématographique d’une nouvelle de Franz Kafka, Un artiste de la faim, publiée originellement en 1922. Le cinéaste en change bien sûr la localisation et le contexte en plaçant ici son personnage, un homme mutique, qui finit par s’asseoir au milieu de la chaussée d’une rue marchande de Tôkyô. Un jeune homme, curieux, finit par lui adresser vainement la parole. Une photo de l’homme silencieux sur les réseaux sociaux va vite engendrer une situation folle. Des religieux voudront l’enrôler dans leur secte, des psychiatres voudront l’enfermer, des artistes voudront s’en inspirer, etc. Chacun voit dans cet homme étrange un miroir par lequel revendiquer ses propres idées sur la société. Film totalement indépendant, la renommée du cinéaste nous permettra peut-être de découvrir son dernier film prochainement.

Ashita no Joe - 20 years with Jôichirô Tatsuyohi, legendary boxing champ (2015, Junji Sakamoto) affiche japonaise

Ashita no Joe: 20 years with Jôchirô Tatsuyoshi, legendary boxing champ    (2015, Junji Sakamoto) affiche japonaise

Ashita no Joe: 20 years with Jôichirô Tatsuyoshi, legendary boxing champ (Jô no ashita: Tatsuyoshi Jôichirô to no 20-nen, 2015, Junji Sakamoto)
Le documentaire revient sur la trajectoire du boxeur Jôichirô Tatsuyoshi dont la carrière a connu son apogée dans la seconde moitié des années quatre-vingt dix. Connu pour sa technique de garde basse et de son impressionnante allonge malgré sa petite taille, Jôichirô Tatsuyoshi a connu le monde de la boxe dès sa plus tendre enfance par son père, très épris de ce sport. A l’image du personnage de Joe Yabuki, le personnage du manga Ashita no Joe, dont il est question dans le titre, Jôichirô Tatsuyoshi n’a vécu que pour la boxe, au point qu’aujourd’hui il entraîne son fils aîné qui désire ardemment poursuivre les pas de son père. Le film fut présenté en avant-première au Festival du Film International de Tôkyô en octobre dernier. Le cinéaste, Junji Sakamoto est notamment connu pour avoir déjà réalisé un film sur la boxe, Boxer Joe, en 1995 mais aussi d’autres œuvres de fictions telles que Face (Kao, 2000) ou plus récemment Zatoichi the last en 2010.

Chinyûki (2016, Yudai Yamaguchi) affiche japonaise

Chinyûki (2016, Yudai Yamaguchi) affiche japonaise

Chinyûki (2016, Yudai Yamaguchi)
Adaptation du manga éponyme de Gataro Man publié dans les années quatre-vingt dix, Chinyûki est donc le nouveau forfait du cinéaste Yudai Yamaguchi après quelques fleurons du genre tels que Meatball machine (Mîtoboru mashin, 2005), Yakuza weapon (Gokudô heiki, 2011) ou encore Abductee (Abudakutchi, 2013). Le film reprend donc la trame du manga qui est une parodie aux blagues scatologiques du roman chinois Le voyage vers l’ouest, célèbre pour être le décor des aventures du Roi singe. Ici Genzo, le moine s’en allant en Inde à la recherche des rouleaux sacrés, croise un couple de personnes âgées dont le fils adoptif, Taro, est une catastrophe ambulante. Taro possède en effet des pouvoirs magiques dont il abuse malgré lui en voulant faire le bien. Genzo le prend donc sous son aile afin de faire de lui une personne responsable. Autant dire que la partie n’est pas gagnée. Délires, blagues en-dessous-de-la-ceinture, action un peu folle, non sens récurrent, effets spéciaux ratés sont parmi les ingrédients que l’on peut attendre de Chinyûki. Le film est distribué au Japon par la Tôei.

Detective Opera Milky Holmes the movie - Milky Holmes' couterattack (2016, Hiroaki Sakurai) affiche japonaise

         Detective Opera Milky Holmes the movie: Milky Holmes’ counterattack            (2016, Hiroaki Sakurai) affiche japonaise

Detective Opera Milky Holmes the movie: Milky Holmes’ counterattack (Gekijôban tantei opera Mirukî Hômuzu – gyakushû no Mirukî Hômuzu, 2016, Hiroaki Sakurai)
Inconnu en France, Detective Opera Mylky Holmes est une franchise de jeu de cartes à collectionner regroupant quatre jeunes filles détectives nommées d’après les personnages les plus connus du genre: Sherlock Holmes, Hercule Poirot, Nero Wolf et Cordelia Gray, à ceci près qu’ici, les personnages sont des jeunes filles possédant chacune un pouvoir magique particulier. Après deux OAV et quatre saisons en série animées depuis 2010, la franchise est enfin adaptée en long-métrage d’animation par Hiroaki Sakurai, un habitué des productions animées shôjo telles que La fillette révolutionnaire Utena (Shôjo kakumei Utena, 1997) et Les misérables (Re mizeraburu: shôjo kozetto, 2007). Ici les quatre détectives en herbe, encore étudiantes, sont attaquées par d’étranges adversaires. Le combat ne serait pas insurmontable si un éclair ne les avait pas frappé de plein fouet, les privant de leurs pouvoirs respectifs.

Hakamada Iwao yume no ma no yononaka (2016, Kim Sung-woong) affiche japonaiseHakamada Iwao yume no ma no yononaka (2016, Kim Sung-woong) affiche japonaise

Hakamada Iwao yume no ma no yononaka (2016, Kim Sung-woong)
Ce documentaire raconte l’histoire de Iwao Hakamada, célèbre champion de boxe (décidément!) des années soixante au Japon. Sa popularité sportive ne serait pas contestée s’il n’avait pas été le centre d’une affaire de meurtre d’une famille de quatre personnes. En 1966 Iwao Hakamata a été déclaré coupable de ce quadruple assassinat et promis à la peine de mort, toujours en vigueur au Japon. C’est sa propre sœur Hideko, qui après avoir mené un rude combat contre la justice nippone sur la base de nouveaux tests ADN a permis à l’ancien champion de boxe d’être libéré en 2014. Pourtant ce dernier ne s’en sort pas indemne. La menace journalière de la peine de mort a gravement détérioré ses capacités mentales. Aujourd’hui Iwao Hakamada est une victime du système, le bouc-émissaire d’une affaire sombre qui paye de sa vie, près de cinquante année passées dans le couloir de la mort, une erreur judiciaire sans précédent au Japon.

I'm not just going to do what Kurosaki-kun says (2016, Shô Tsukikawa) affiche japonaise

I’m not just going to do what Kutosaki-kun says (2016, Shô Tsukikawa) affiche japonaise

I’m not just going to do what Kurosaki-kun says (Kurosaki-kun no înari ni nante naranai, 2016, Shô Tsukikawa)
Adapté du manga éponyme, inédit en France, écrit et dessiné par Makino, I’m not just going to do what Kurosaki-kun says respecte à la lettre l’œuvre originale. Parce que son père doit être muté dans une autre région pour son travail, la jeune Yu Akahane doit désormais rejoindre l’internat de son lycée, une aubaine pour l’adolescente qui sait qu’elle pourra y retrouver son « prince blanc », Takumi Shirakawa. Le blondinet de service dont elle est amoureuse depuis des années. Mais c’est sans compter sur la bassesse de Haruto Kurosaki, surnommé « le démon noir », qui vole à Yu son premier baiser. La preuve du délit irrémédiablement photographiée dans le smartphone du coupable, il va pouvoir désormais faire ce qu’il veut de Yu qui ne veut à aucun prix que cela s’ébruite… Produit et distribué par Nippon Television Network (NTV), le long-métrage est la suite de deux téléfilms diffusés fin décembre 2015 sur la chaîne. Le film reprend exactement le même casting.

Mother's lover (2016, Takahiro Ueno) affiche japonaise

Mother’s lover (2016, Takakhiro Ueno) affiche japonaise

Mother’s lover (Haha no koibito, 2016, Takahiro Ueno)
Une femme divorcée, élevant seule sa fille unique bientôt majeure, rencontre son petit ami. La solitude, la frustration, l’hésitation et l’enfermement ont conduit peu à peu cette quadragénaire loin des hommes. La jeunesse et l’innocence de celui qui partage le lit de sa fille vont pourtant la faire chavirer. A la fois pleine de désir pour lui et honteuse de ses fantasmes, elle va commettre l’irréparable et menacer la relation qu’elle entretien avec sa fille. Héritage du pinku soft des années soixante-dix, Mother’s lover prend pour prétexte une situation taboue pour en faire un simili drame familiale. Takahiro Ueno, déjà réalisateur de Pink Lady (Pinku redi: onna wa sore wo gaman dekinai) en 2012, feint de soigner sa mise en scène pour ne pas paraître trop superficiel. Le film est produit et distribué par Love stories, une compagnie de production spécialisée dans le genre.

Pinay's addicted (2016, Yûdai Kanazawa) affiche japonaise

Pinay’s addicted! (2016, Yûdai Kanazawa) affiche japonaise

Pinay’s addicted! (Pinchu!, 2016, Yûdai Kanazawa)
Au coeur de Tôkyô, dans un pub philippin nommé Fiesta, chaque soirée se ressemble et chaque client y trouve son compte. Servis par de jolis serveuses immigrées, ces derniers y comblent leurs manques, loin des soucis quotidiens. Il y a le vétéran qui se rend au pub depuis près de trente ans, l’ancien toujours célibataire et qui veut par dessus-tout épouser une philippine, et enfin Yoichi qui a abandonné femme et enfants pour travailler dans le club et vivre avec Jane, l’une des serveuses. Tout ce petit monde serait aux anges si un soir la service de l’immigration ne venait pas gâcher toute la fête. C’est sur le mode de la comédie que Yûdai Kanazawa aborde donc la problématique de l’immigration illégale, phénomène encore très rare au Japon. En mêlant exotisme et lâcher prise, c’est à des personnages finalement malheureux dans leur vie que nous avons à faire. Un malheur quelque peu contredit par la routine du club de nuit, une parenthèse légère et festive dans la vie de chacun. Après quelques années passées en tant qu’assistant, Yûdai Kanazawa signe ici son premier long-métrage en tant que réalisateur.

Shadow kids (2016, Shunji Muguruma) affiche japonaise

Shadow kids (2016, Shunji Muguruma) affiche japonaise

Shadow kids (Shadô kizzu, 2016, Shunji Muguruma)
Takashi et sa jeune soeur sont des enfants délaissés par les adultes. Dans la rue, ils croisent d’autres gamins tout aussi marginalisés qui s’organisent en bandes pour survivre. Apeurés, molestés et violentés par les autres, Takashi et sa jeune sœur finissent par trouver leur place au sein de ce monde infantile qui reproduit, dans ses moindres aspects, les défauts du monde adulte. Sorte de Guerre des boutons en mode tokyoïte, Shadow kids exploite les recoins du quartier de Kabukicho pour dénoncer ces relations humaines déséquilibrées dont sont déjà victimes les enfants dans la société japonaise. Loi du plus fort ou loi du groupe, exister devient par essence un challenge à surmonter. Le film est la cinquième réalisation de Shunji Muguruma qui enchaîne les projets indépendants.

The shell collector (2016, Yoshifumi Tsubota) affiche japonaise

The shell collector (2016, Yoshifumi Tsubota) affiche japonaise

The shell collector (Sheru korekutâ, 2016, Yoshifumi Tsubota)
Un vieil homme aveugle, spécialiste reconnu des coquillages et des crustacés, vivant reclus sur une petite île proche d’Okinawa, rencontre un jour une jeune femme peintre appelée Izumi, Celle-ci lui avoue très vite souffrir d’une maladie rare. Le vieil aveugle prétend alors pouvoir guérir la jeune femme avec le poison de certains coquillages. La nouvelle de ses connaissances médicales surprenantes finit par faire affluer de nombreuses personnes victimes de maux en tous genres. La tranquillité et la sérénité du vieil ermite est mise à rude épreuve. The shell collector est le second long-métrage du scénariste et réalisateur Yoshifumi Tsubota après Miyoko (Miyoko Asagaya kibun) en 2009.

While the women are sleeping (2016, Wayne Wang) affiche japonaise

While the women are sleeping (2016, Wayne Wang) affiche japonaise

While the women are sleeping (Onna ga nemuru toki, 2016, Wayne Wang)
Un couple sans histoire, Kenji et Aya, passent quelques jours de vacances dans un hôtel où ils croisent un vieux docteur accompagné d’une jeune femme, prénommée Miki. Ce dernier filme la jeune innocente toutes les nuits avec sa caméra, une occupation étrange que le docteur n’a pas honte d’avouer à Kenji qui finit par fantasmer sur Miki de façon insistante, mettant en péril le séjour de quiétude qu’il était venu passer avec son épouse pour écrire son nouveau roman. Très remarqué au dernier Festival du Film International de Berlin ces dernières semaines, le nouveau film de Wayne Wang, au casting exclusivement japonais, retient l’attention par son atmosphère étrange et étouffante. Un thriller psychologique poussant les logiques de désirs et d’amour à son point ultime. Le film sortira probablement en France dans quelques mois et est distribué au Japon par la Tôei.

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