Un merveilleux dimanche (Subarashiki nichiyôbi, 1947, Akira Kurosawa)

Au sortir de la guerre, Masako et Yûzô forment un couple sans le sou. Elle habite encore avec sa famille, lui partage une chambre insalubre avec un camarade. Tous les dimanches ils se retrouvent pour une balade en amoureux. Tous les dimanches ils comptent les quelques pièces qu’ils leur reste pour programmer leurs pérégrinations. Mais cette fois-ci le temps est maussade. Yûzô n’a de cesse de leur rappeler la misère dans laquelle ils vivent. Masako est cependant plus optimiste, elle lui remémore son rêve d’ouvrir un café. Ce dimanche sera long sous la pluie mais Masako est bien décidée à sortir Yûzô de sa tristesse et de son amertume.

Un merveilleux dimanche (1947, Akira Kurosawa) affiche japonaiseUn merveilleux dimanche (1947, Akira Kurosawa) affiche japonaise

Film à la fois atypique et méconnu d’Akira Kurosawa, Un merveilleux dimanche (Subarashiki nichiyôbi) fut réalisé dans des conditions très particulières. Depuis la fin de la guerre du Pacifique, les studios de la Tôhô étaient le cadre de grèves répétées et d’un mécontentement d’une partie des salariés. Alors que le cinéaste s’était auparavant distingué dans l’écriture de scénarios aux thématiques quelque peu nationalistes, il fut mis à contribution par les cadres du studio pour freiner les ardeurs de la faction communiste grandissante au sein de l’entreprise. Avec le film corporatiste Ceux qui bâtissent l’avenir (Asu o tsukuru hitobito, 1946), co-réalisé avec Kojirô Yamamoto et Hideo Sekigawa, puis le long-métrage Je ne regrette rien de ma jeunesse (Waga seishun ni kui nashi, 1947) qui remettait en question l’idéalisme communiste, Akira Kurosawa avait clairement choisi son camp, celui des cadres du studio.

Un merveilleux dimanche (1947, Akira Kurosawa) photo 1La faction communiste avait en effet imposé des comités de lecture des scénarios qui favorisaient largement les sujets à caractères engagés et progressistes. En réponse à cet imprimatur syndical, nombre de vedettes et de techniciens du studio ont préféré quitter la société pour fonder une toute nouvelle structure, la Shintôhô. Cette pénurie soudaine de talents, qui intervient à la fin de l’année 1946, va alors plonger la Tôhô dans une période difficile qui soumettra la production de films à des budgets très restreints. Akira Kurosawa n’aura donc pas les moyens auxquels il était habitué pour réaliser Un merveilleux dimanche, un portrait assez noir des conditions de vie des petites gens après la guerre sous l’occupation américaine.

Un merveilleux dimanche (1947, Akira Kurosawa) photo 2A travers l’histoire de ce couple dans la misère, auquel une grande partie des spectateurs de l’époque pouvaient s’identifier, le cinéaste commence néanmoins à développer un certain humanisme cinématographique qui sera notamment le clé de voûte de son œuvre à venir dans des films tels que L’idiot (Hakuchi, 1951), Vivre (Ikiru, 1952) ou encore Dodes’kaden (Dodesukaden, 1970). Ici c’est la peur du lendemain et le sentiment de frustration causé par la pauvreté qui agitent ses personnages avant de laisser place à l’imagination et à l’espoir d’un avenir meilleur. Il est bien question ici des désastres de la guerre mais cette dénonciation n’est évoquée qu’en filigrane par l’intermédiaire de décors de ruines ou de friches. De même que l’occupation américaine est passée sous silence, un silence qui en dit long sur le censure probable qu’exerce les autorités occupantes. Ne reste alors qu’à Akira Kurosawa le loisir de dépeindre ses personnages dans leurs pérégrinations dominicales, un jour comme un autre où Masato et Yûzô ont néanmoins la chance de pouvoir rêver d’une autre vie.

Par David A.

Un merveilleux dimanche (1947, Akira Kurosawa) photo 3UN MERVEILLEUX DIMANCHE
(Subarashiki nichiyôbi)
Un film d’Akira Kurosawa
Scénario: Akira Kurosawa et Keinosuke Uekusa
Directeur de la photographie: Asakazu Nakai
Musique: Tadashi Hattori
Production: Sôjirô Motoki
Compagnie de production: Tôhô

Avec Isao Numasaki, Chieko Nakakita, Atsushi Watanabe, Zekô Nakamura, Ichirô Namiki, Toppa Utsumi, Ichirô Sugai, Masao Shimizu, Tokuji Kobayashi, Shiro Mizutani, Aguri Hidaka, Midori Ariyama, Katao Numazaki, Toshi Mori

Genre: drame
Durée: 1h49
Pays: Japon
Année: 1947
Date de sortie japonaise: 1er juillet 1947
Date de sortie française: 25 janvier 2017
Date de sortie DVD et Blu-ray: 28 octobre 2015
Editeur vidéo: Wild Side

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